Making-of :

U.K.R.O.N.I.A. devient Les Brigades du temps

- 23/01/2013

Les Brigades du temps vient de remporter le Prix de l’uchronie décerné par le webzine ActuSF. Qu’est-ce que l’uchronie ? « C’est un genre littéraire basé sur une réécriture de l’Histoire via le léger changement d’un fait historique », précisait le scénariste Kris lors du lancement de la série, initialement intitulée U.K.R.O.N.I.A. Mais ce terme savant restant mal connu d’un large public, elle a été rebaptisée Les Brigades du temps. CQFD…

Après un récit articulé autour de Christophe Colomb, ce nouvel épisode s’intéresse à Hernan Cortés, conquérant de l’empire aztèque. Pourquoi ce choix, assez voisin ? 

Kris : Bruno et moi, après le climax de la fin du tome 1, avions envie de repartir en force et de continuer à surprendre nos lecteurs. On voulait immédiatement mettre la pression sur nos personnages. Et pour cela, le moyen était de bien faire comprendre d’emblée l’enjeu de cette aventure : si l’on n’arrive pas à faire conquérir l’Amérique par les Européens, notre civilisation va disparaître. Il fallait dès lors frapper fort avec le second événement après Colomb, à savoir la conquête de l’empire aztèque par Cortés. On commence par sa « non-conquête » : le jour où il devait arriver, il n’est pas là, et un ouragan temporel se déclenche ! De cette manière, on entre tout de suite dans le vif du sujet, et l’on fait comprendre que pour les Brigades, commence alors une course contre la montre. C’est une guerre du temps, et une question de survie.

On peut donc considérer ce deuxième épisode comme la fin d’un diptyque…

Oui, c’était notre souhait d’origine ; la première aventure devait constituer un diptyque parce qu’on avait quand même tout le concept de la série à expliquer en plus de l’intrigue proprement dite, et 46 pages n’y auraient pas suffi. Par contre, notre idée pour la suite de la série serait de partir vers des épisodes autonomes où l’on changera réellement d’époque à chaque aventure. Le tome 3 se déroulera sans doute au XIXe ou au XXe siècle… Dans ce tome 2, on poursuit l’aventure et l’on termine d’expliquer tous les enjeux du concept, notamment cette guerre du temps si cruciale.

Au début de cet épisode, l’ouragan temporel a un premier effet dévastateur : 67 destins ont été effacés. Comment échafaudes-tu ces « dommages temporels » ?

On explore beaucoup de pistes. Et régulièrement, on est face à un mur, parce qu’on réalise que notre idée n’est vraiment pas crédible. Bien sûr, on peut me rétorquer que les voyages dans le temps n’existent pas mais je crois qu’on peut en accepter le postulat si l’univers mis en place est bien échafaudé. Après, vient toujours la question des paradoxes : « Si je tue mon père dans le passé, comment est-ce réalisable puisqu’en le tuant, je supprime la possibilité de ma naissance ? » Au final, j’ai essayé de ne pas trop m’embarrasser de ces paradoxes. Néanmoins, le fait qu’on manipule le temps devait avoir des conséquences. Et la disparition ultime que j’ai trouvée, c’est la disparition de notre civilisation contemporaine. Mais avant d’en arriver là, il fallait faire planer cette menace en montrant des signes avant-coureurs. D’où ces premières victimes, ces « 67 destins effacés », ces 67 personnes dont la ligne du temps a été arrêtée. Ce qui crée une énorme pression au sein de l’Agence temporelle : lors de ces manipulations de l’Histoire, les agents ne savent pas trop qui va en subir les conséquences, c’est un peu une loterie ! Ils sont quand même tous en danger de mort en permanence…

On arrive ensuite à Tenochtitlan en 1493, avec cette scène de répétition des sacrifices humains. Comment faire passer une scène aussi cruelle dans une bande dessinée tous publics ?  

Tu as raison, c’est une vraie gageure ! Où met-on le curseur ? À l’origine, j’étais parti pour une série plus documentaire, plus réaliste, plus proche de ce que j’écris dans d’autres séries plus « pour adultes ». Mais à partir du moment où l’on est dans un semi-réalisme à tendance humoristique, on s’est plus rapprochés de la démarche d’un Goscinny qui, dans Astérix,  mêlait adroitement des références contemporaines à son exploration de l’époque gallo-romaine. Donc j’utilise des éléments historiques authentiques – comme les sacrifices chez les Aztèques – mais j’essaie d’y greffer des ingrédients drôles. Les répétitions sur cadavres, par exemple, c’est évidemment une référence à ce qui se pratique en faculté de médecine. On a décidé définitivement de faire des Brigades du temps une série tous publics, c’est vrai, mais cela ne nous empêchera pas d’y insérer une interrogation sur le sens de l’Histoire et sur notre responsabilité ou non de la changer…

En savoir plus : Les Brigades du temps

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