Making-of :

Spirou et Fantasio, tome 53

- 28/01/2013

Dans « La Face cachée du Z », on quittait Spirou presque transformé en loup-garou… Et on le retrouve dans ce nouvel épisode en train de chiner au marché aux puces ! Le dessinateur Yoann feuillette avec nous cette 53e aventure riche en surprises.

Était-ce évident de « retomber sur vos pattes » après la métamorphose de Spirou dans l’épisode précédent ?

Yoann : Ça, c’est une de ces ellipses dont Fabien a le secret ! Et il y a surtout une sorte de mise en abyme qui me plaît, quand une petite lectrice apostrophe Spirou et qu’il répond : « Les auteurs ont pris quelques libertés avec la réalité ! » Il parle de nous, et je trouve que ça vient un peu dédramatiser les choses, surtout à l’adresse de certains lecteurs inquiets qui pouvaient se demander : « Ça y est ! Ils vont faire n’importe quoi avec Spirou ! » Or, pour nous, l’idée de la transformation de Spirou sur la Lune n’était qu’une péripétie : il s’agissait de rendre méconnaissable ce héros si gentil et si généreux… Mais il était évident que c’était temporaire, ça n’allait pas devenir un nouveau « superpouvoir » de Spirou, ni une malédiction qu’il allait devoir supporter toute sa vie. C’était juste un effet passager dû à son séjour dans l’espace !

Dessiner un marché aux puces, c’est un des décors les plus difficiles à faire, non ?

Ah ça oui ! Quand Fabien m’a dit : « Voilà, le début de l’histoire se déroule au Vieux Marché de Bruxelles », j’étais enthousiasmé… Mais quand il a fallu s’y mettre, ce fut une autre paire de manches ! J’ai cherché plein de documentation sur le quartier populaire des Marolles, et ensuite j’ai regardé beaucoup d’autres marchés aux puces. Je ne me suis pas arrêté à celui de Bruxelles, car ce que je désirais restituer, plus qu’une réalité précise, c’était une ambiance, trouver la dégaine de ceux qui vendent et de ceux qui achètent… Et quelque part, le marché aux puces, dans la bande dessinée belge, c’est un grand classique : bien sûr d’abord avec Hergé et le début du Secret de la Licorne, puis plus tard avec Yves Chaland et aujourd’hui avec le Spirou de Yann et Schwartz… Mais c’est très difficile à représenter parce que, graphiquement, ça peut vite devenir un fouillis innommable ! J’ai été très vigilant à ce que la mise en couleurs ne rende pas cette séquence lourdingue.

Vous aviez déjà fait des allusions au journal de Spirou dans Alerte aux Zorkons. Ici, l’hebdomadaire est vraiment au cœur de l’histoire. C’était important pour vous ?

En fait, quand nous avons repris la série, nous nous sommes vraiment interrogés : « Finalement, quelles sont les fonctions de ces personnages ? » Chez Tome et Janry, ils sont journalistes, on les voit parfois exercer leur métier. Chez Fournier, c’est plus flou… Et nous, nous avions envie de les resituer dans un cadre plus précis, dans le but d’enrichir leur personnalité. Si Fantasio est le chef de la rédaction du journal, cela vient étoffer son caractère, ça lui donne de la responsabilité et de l’assurance. Quant à Spirou, il est sous contrat avec l’éditeur parce qu’il est l’image même du journal ! Il est donc censé porter son costume de groom lorsqu’il est en représentation pour ce magazine… Définir ces fonctions, cela pimente l’univers et cela nous donne de bons repères pour élaborer le scénario. L’époque où l’on voyait évoluer des héros sans savoir de quoi ils vivent me semble un peu révolue…

Parmi les nouveaux personnages de cet épisode, Gil Cœur-Vaillant : son nom est une amusante contraction de Gil Jourdan et du titre de l’ancien journal français Cœurs vaillants,  qui publia Jo et Zette de Hergé… Cerise sur le gâteau : il a la pipe de l’oncle Paul !

Oui, exactement ! Il nous fallait vraiment un personnage old school, un type d’une autre époque… J’ai mis pas mal de temps à le trouver ; j’ai réalisé beaucoup de croquis. Il fallait créer un personnage vraiment âgé mais qui ait encore une gueule de héros, à la Jean Valhardi  ou à la Gil Jourdan, mais vieilli. Dans mes recherches, je lui avais parfois donné un physique un peu décati, mais Fabien m’a dit : « Non, il faut qu’il ait encore de l’allure ! » Bref, je devais réussir un beau vieux (plutôt qu’un vieux beau), et le coup de la pipe, ça lui donne un côté rassurant. Car il était important que Spirou lui fasse une entière confiance.

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