Making-of :

Restauration d’une oeuvre de Franquin

- 3/06/2013

La peur au bout du filCi-contre un aperçu du délicat travail de restauration réalisé par Frédéric Jannin sur « La peur au bout du fil » sous l’oeil avisé d’Isabelle Franquin. La première version montre le fac-similé de la planche réalisée par André Franquin. Après avoir été photogravée (en 1959 !), cette vignette fut photochimiquement reproduite au fil des ans et des nombreuses réimpressions. Malgré tout le soin apporté par les techniciens de Dupuis, les traits ont été altérés : ils se sont empâtés ou, au contraire, affinés, allégés. On s’en aperçoit dans les détails et le lettrage des phylactères. Une des tâches fut donc de repartir, si cela était possible, de la planche originale pour retrouver le trait plein de Franquin et de Jidéhem. Malheureusement, certaines planches ont été perdues ou éparpillées chez les collectionneurs. C’est visible dans cet ouvrage, où les planches « perdues » ont été restituées dans la qualité de la photogravure disponible.

Le coloriage de l’époque, exécuté par des « chromiste » au sein des Éditions Dupuis, est une interprétation des coloris indiqués par Franquin ou Jidéhem sur une feuille de papier calque. Il ne s’agit pas d’un coloriage original de l’auteur. « Je voyais Franquin enrager quand les exemplaires du journal arrivaient au studio« , confie Jidéhem.

La quatrième version de la vignette montre une nouvelle exécution des coloriages, réalisée dans les années 1990 par le studio de Vittorio Leonardo. Ce dernier a construit l’essentiel de sa carrière sur sa connaissance technique de la « chaîne de la couleur », du coloriage à la gouache jusqu’aux encres d’impression, en passant par la photogravure ou, comme c’est le cas pour cette version, par la numérisation.

Le but de la remastérisation entamée par Frédéric Jannin pour cet album est de retrouver au maximum les intentions originales de Franquin. Retrouver le trait, mais aussi mettre la couleur au service du récit. Obsessionnellement attaché à la lisibilité de l’action, Franquin désirait que la couleur laisse la place au mouvement, à la mise en scène des personnages. Malheureusement, les calques exécutés au crayon de couleur par Franquin n’existent plus. Jannin a désaturé la couleur générale de la bibliothèque, tout en laissant percevoir qu’elle contient des livres différents, respectant en cela les préceptes de son ami et maître.

Le coloris de la veste du botaniste se détache ainsi du décor, tandis que le poêle à charbon a retrouvé une teinte grise qui ne jure pas avec le veston de Fantasio. Comme le dit Frédéric : « Tout est affaire de nuances… »

En savoir plus : « La peur au bout du fil » par Franquin, Jidéhem et Greg (Parution : 21 juin 2013).
Un petit joyau réédité dans cette version restaurée et augmentée de dessins inédits et commentée par José-Louis Bocquet et Serge Honorez, avec la participation d’Isabelle Franquin, la fille de l’auteur.

COMMENTAIRES

  1. bonjour,
    c’est absolument magnifique!..la vision de ces couleurs permet d’apprecier a sa juste valeur l’oeuvre de franquin…en esperant que d’autres publications de ce genre suivront avec le meme souci du respect du a celui que herge lui-meme avait appele un « genie » alors qu’il se qualifiait de « tacheron »…
    tres cordialement…
    pierre curie…

  2. Un grand merci j’ai les deux précédents travaux et le travail et magnifique, le texte parfois émouvant, je reste très respectueux de tout le travail de Monsieur Jannin et d’Isabelle (qui restera à jamais pour moi la sorcière bien-aimé portant son nom^^) Merci…

  3. Donc en fait les couleurs de la « restauration » sont aussi arbitraire que celles de Leonardo, voire même que celles d’origine ! Edifiant… Et comme d’hab’ chez Jannin, couperose pour tout le monde.

  4. Il s’agit d’un méticuleux travail de la part de Frédéric Jannin : retravailler les couleurs tel que Franquin l’aurait voulu. Pour ce faire, Jannin travaille étroitement avec Isabelle Franquin. Ça peut plaire ou déplaire mais on ne peut que saluer la démarche qui s’attache à respecter ce que l’auteur aurait souhaité.

  5. Vous avez donc les professionnels requis pour ce travail, alors comment se fait-il que les planches de l’intégrale Spirou par Tome & Janry aient été publiées avec si peu de soin ? (traits empâtés, couleurs brunâtres…)

  6. Lorsque nous en avons la possibilité, nous repartons des films d’origine. Quand malheureusement nous ne les possédons plus, la volonté éditoriale étant d’intégrer également par exemple des histoires courtes non publiées en albums, nous sommes bien obligés de partir des fac-similés et de les « nettoyer » au mieux.
    Sachez que nous travaillons constamment nos intégrales dans un souci d’amélioration et que tenons donc compte des remarques pour les futurs volumes.

  7. Un SUPER travail, qui rend cet Album indispensable au vrai fan de Spirou ! Merci de nous offrir de tels joyaux à un prix qui reste abordable (au contraire de certain collection de la (ex-) »Concurrence », dite « Intégrale », au prix absolument prohibitif pour l’écrasante majorité du public).
    Pour l’Intégrale T&J, je confirme la remarque de David A.; même les épisodes d’albums « classiques » sont touchés par le mal : couleurs ternes et assombries, etc. Est-ce fait pour pousser à acquérir quand même les albums séparés, où là l’impression est « normale » ?… Ne dites pas que vous n’avez plus le matériel graphique de base !!

  8. j’attends ce troisième tome avec impatience ! quel bonheur de retrouver le trait de Franquin , seulement égalé par le duo tome et janry , qui nous fait regretter chaque nouvel album de spirou dont les repreneurs nous offrent trop de superficialité et de facilités dans la réalisation !

  9. Bonjour, le travail fourni est énorme, je ne pensais pas que le détail serait poussé à ce point. Bravo !

    Pour la suite de l’intégrale Spirou avec (enfin) Tome et Janry (les meilleurs dessinateurs de Spirou pour moi), je rejoins les précédents commentaires… j’ai comparé mes anciens albums, notamment « Virus » avec ceux de l’intégrale, c’est … comment dire… « fadasse », les traits sont grossiers et les couleurs pas vraiment les mêmes… à croire que vous avez fait des mauvaises photocopies des albums, désolé … c’est d’ailleurs pour cela que je m’arreterais là pour cette intégrale.

    On peut comprendre pour les anciens albums (et encore), mais là… çà date d’il y a 10/15/20 ans… j’ai une impression de « flou » lorsque je regarde certaines planches, tout ceci n’est pas correct pour une intégrale « définitive »… Les albums individuels sont beaucoup + lumineux et nets. Dommage pour nous, dommage pour vous…

  10. Pour être tout à fait complet, je penses que c’est aussi dû en partie au papier utilisé, plus ca va plus on a l’impression que vous utilisez du mauvais papier recyclé… un papier pour une intégrale de ce type doit être propre et éclatant, quitte à payer 2 euros de + rien que sur ce point.

    Je pense en particulier aux intégrales Gil Jourdan et Bizu qui ont des papiers exécrables. En comparaison, les intégrales de Johann et Pirlouit et celles de Spirou par Franquin sont éblouissantes ! Pensez-y pour les futurs albums. Merci !

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