Interviews :

Un nouveau huis clos pour Esteban

- 27/05/2013

Esteban tome 5
Revoilà Esteban, jeune Indien de Patagonie qui rêve de pêche et d’aventures… Dans l’épisode précédent, « Prisonniers du bout du monde », il est parvenu à faire libérer ses amis marins du pénitencier d’Ushuaia. Ensemble, ils ont pris en otage Clara, la femme du général, chef de la prison lancé à leur poursuite. Matthieu Bonhomme nous raconte…

Matthieu, comment as-tu abordé ce retour aux grands espaces après le huis clos de la prison dans l’album précédent ?
Matthieu Bonhomme : Dessiner Esteban frustré, cloîtré en prison, m’a donné terriblement envie de retourner sur la mer… Mais la difficulté pour lui et ses compagnons réside dans le fait qu’ils sont partis avec un bateau à vapeur, qui n’est guère opérationnel pour ce genre de parcours. Cela étant, retrouver les grands espaces maritimes, ça fait partie intégrante de la série, selon moi, et ça redonne du souffle après l’épisode carcéral.

En faisant intervenir ce bateau à vapeur à la fin de l’épisode précédent, avais-tu déjà une idée derrière la tête, à savoir une pénible recherche de combustible ?
Non, en ce qui concerne le choix de ce bateau, je n’avais rien prémédité. Je m’étais juste renseigné sur cette prison, et j’avais appris qu’un bateau à vapeur faisait la navette pour le ravitaillement. C’était vraiment un petit bateau. Et cela a nourri mon scénario, j’y ai vu un moyen d’évasion. Mais comme mes forçats évadés sont des marins à voile, ils n’ont qu’une connaissance très limitée de ce type de bateau. Cette embarcation ne leur permet donc pas d’envisager un long voyage… L’idée du combustible difficile à trouver m’est venue à ce moment-là.

Ces marins ont quitté le huis clos de la prison pour retomber dans un autre huis clos, cette grotte dans la baie…
Effectivement, cette baie fonctionne comme un grand huis clos, c’est un grand U avec un goulet à l’entrée qui est d’abord leur salut avant de devenir un piège. Revenir à terre dans cet endroit désolé, c’était pour moi l’occasion de renouer avec les habitants de cette terre : les Indiens. J’avais besoin de faire revivre à Esteban ses origines indiennes.

Comment as-tu eu l’idée de faire intervenir les Indiens dans cette course-poursuite entre les fuyards et les troupes du général ?
J’ai tout de suite cherché un appui pour ces prisonniers, car ils sont peu nombreux et peu armés face aux militaires qui les pourchassent : tout seuls, je ne les voyais pas s’en sortir. Il leur fallait du renfort. Or, dans ma documentation, je suis retombé sur l’épisode historique de la guerre entre les Blancs et les Indiens dans cette partie du monde. Dans ce conflit, il y avait des groupes d’indigènes rebelles. Mais Esteban et sa famille n’ont pas fait partie de ces rebelles, et sont considérés comme des traîtres à la cause indienne. Néanmoins, Esteban et son oncle parlent leur langue, ils sont donc capables de négocier avec eux.

Après ton western avec Lewis Trondheim (« Texas Cowboys« ), vois-tu ce nouvel épisode d’Esteban comme un « western des glaces » ?
C’est sûr qu’il y a des points communs avec le western en général. Pour moi, la Terre de Feu, c’est aussi le moyen de mélanger le plaisir de créer des ambiances maritimes avec le plaisir d’imaginer des scénarios proches du western. Mon amour du western est en moi depuis très longtemps. Mais attention ! Les Indiens de Patagonie ne sont pas les Indiens d’Amérique du Nord ; leurs vêtements, leurs peintures de guerre, leurs moeurs liées au climat sont très différents. Le fait d’avoir fait un voyage là-bas m’a beaucoup aidé pour trouver de la documentation adéquate sur ces Indiens qui ont presque tous disparu aujourd’hui.

En plus des Indiens, tu fais intervenir ce personnage de bagnard mutique qui constitue une menace supplémentaire pour Esteban et ses amis.
Ah, ce personnage, pour moi comme pour mes héros, c’est un boulet ! À la dernière page de l’épisode précédent, quand les bagnards le découvrent avec eux dans le bateau, ils s’exclament : « Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? » Et j’ai hésité à le mettre là… On sait que c’est un psychopathe, et à ce titre, je me suis dit qu’il était générateur de suspense et de danger. Mais comme, à l’usage, il se révèle fort encombrant, j’ai trouvé la solution (que vous allez découvrir bientôt) pour contourner l’obstacle.

En savoir plus : « Esteban » par Matthieu Bonhomme

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