Interviews :

Techniques du dessin animé dans « Le Royaume »

- 29/04/2013

Le Royaume tome 5

Marcel, le maître d’armes, vient d’introduire le loup dans la bergerie : il amène au Royaume deux mercenaires, Raoul et Robert, pour semer le chaos et inciter les villageois à acheter ses armes pour se protéger… Benoît Feroumont commente pour nous ces nouvelles séquences.

Est-ce qu’il n’est pas ardu de faire exister tous ces personnages en même temps tout en gardant une narration fluide ?
Effectivement, c’est très compliqué ! La difficulté de ce scénario-ci, c’est sa dimension chorale ; il se passe plein de choses un peu partout dans la ville. J’ai dû concentrer plusieurs de mes idées pour rentrer tout dans le format des 46 pages, tout en développant certains aspects importants : comment se met en place le complot de Maître Marcel, comment réagit le roi, etc.

Graphiquement, quand tu introduis de nouveaux personnages comme Raoul et Robert, est-ce que tu fais beaucoup de recherches ou te laisses-tu guider intuitivement par ton crayon ?
Je me laisse vite embarquer par un dessin qui arrive sous mon crayon. En ce qui concerne les « méchants », le dessin a surgi avant leur personnalité. J’ai écrit le scénario en ayant déjà leur croquis sous le nez, ce qui est assez rare pour moi. J’ai voulu un petit gars chauve flanqué d’un grand maigre. Comme d’habitude, j’ai pensé à des gens de mon entourage ou à des connaissances pour dessiner ces personnages. Attention : mes « modèles » n’ont pas ces caractères-là, mais il suffit pour moi de les placer dans les situations de mon scénario pour développer les réactions qu’ils pourraient avoir. Procéder de la sorte m’a beaucoup aidé.

Je trouve très belle la planche 10, avec Anne endormie… Tu évites tous les clichés du personnage qui dort de profil, avec des onomatopées du style « rrr zzz »…
Ce dessin est né d’une réflexion ; je me suis dit que quand on dort et qu’on se sent en parfaite sécurité, on a ce genre de position. Il m’a semblé que c’était la façon la plus naturelle de montrer Anne complètement détendue : libre, sans couverture sur elle ; cela signifie qu’il fait chaud et qu’elle se sent chez elle dans une absence totale de danger. Comme elle n’a peur de rien, la menace est d’autant plus forte, elle est d’autant plus vulnérable quand les ombres arrivent sur elle.

Les ombres, c’est un faux suspense : on se doute bien qu’il s’agit de Raoul et Robert.
J’avais envie que le lecteur ressente le malaise des habitants agressés. Et en même temps, j’utilise un vieux principe de narration qui veut que ce même lecteur ait une longueur d’avance sur les protagonistes de l’histoire. Ce principe permet de créer une connivence précieuse avec mon public. Ce jeu est très agréable.

Ce choix des ombres produit une séquence étonnante, pages 15 et 16 : on se croirait presque dans le dessin animé de L’Apprenti sorcier dans Fantasia.
Oui, tout à fait ! Et j’ai revu récemment cet effet dans un autre film d’animation, Ernest et Célestine de Patar et Aubier, qui sort à Noël. J’assume complètement l’héritage du dessin animé dans des planches comme celles-là. C’est intéressant pour moi d’intégrer certains apports du cinéma dans ma bande dessinée. Avant, je me retenais ; maintenant, beaucoup moins : que certains découpages de mes planches ressemblent à du storyboard de dessin animé, pourquoi pas ? Ça fonctionne bien pour les scènes d’action. Il faut simplement prendre garde à ne pas en abuser.

En savoir plus : Le Royaume tome 5, « Les armes de Maître Marcel » par Benoit Feroumont.

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