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« Sale Bête » tome 2 : drôle de conte de Noël…

- 9/04/2013

Sale Bête tome 2Revoilà Bestiole, animal domestique dégénéré, accident industriel issu de La Fabrique, usine productrice d’animaux de compagnie, qui rêve d’être un Grand Méchant, mais qui a hélas trouvé son maître avec le chat Clarky ! La scénariste Maïa Mazaurette et le dessinateur Jean-Paul Krassinsky commentent pour nous ce « Sale Bête » tome 2.

Situer ce deuxième épisode à la période de Noël, ce n’était pas innocent, je suppose ?

Maïa : Tu supposes bien ! Noël, c’est quand même la période de l’année où tout explose ; on n’a presque pas besoin de faire de la fiction. Car comme c’est le moment où l’on se retrouve tous en famille trop longtemps, généralement il y a une goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Par ailleurs, je savais que la parution de l’album était programmée juste après Noël, et j’avais envie d’être « raccord » avec l’agenda des lecteurs : qu’ils découvrent cet épisode de Noël au début de l’hiver… Et puis Noël, c’est pratique : c’est la neige, c’est une ambiance particulière.

Jean-Paul : De toutes façons, quand il s’agit de dynamiter les conventions, Maïa est assez opérationnelle, ah ah ! Mais choisir Noël, c’est aussi une suite logique de la série, ça ancre bien le récit dans le réel, et ça va donner une échéance importante pour le chat Clarky, comme nous le découvrirons par la suite.

La première séquence évoque presque un cartoon façon Tom et Jerry, non ?

Maïa : Les dessins animés de Tex Avery et de Chuck Jones, je ne regardais que ça quand j’étais petite ! Mon modèle serait plutôt Bip Bip et Coyote, en fait ! Par contre pour cette première séquence, ma référence n’était pas un cartoon mais une vieille série télévisée d’arts martiaux, Kung Fu avec David Carradine. Maître Po y entraîne sans relâche son disciple et le surnomme, dans la version française, « Petit Scarabée »… Ici, c’est donc un hommage à la pop culture, mais un hommage détourné. Car comme tout cet épisode va jouer sur la rivalité entre le hamster Bestiole et le chat Clarky, c’était plus amusant pour moi de commencer en les montrant alliés. Du coup, ils ont vraiment quelque chose à ’perdre en se chamaillant !

Jean-Paul : Je crois qu’il y a des références à la fois au family strip et à ces cartoons dans lesquels les animaux vivent une existence qui leur est propre, et qui n’interfère que rarement avec celle des humains. Et quand il y a interférence, c’est plutôt pour leur pourrir la vie. C’est une référence tellement connue par tous que c’est plaisant de jouer avec, et de forcer le trait, en termes de bêtise et de scènes absurdes.

Est-ce qu’il est difficile de faire coexister des scènes très « cartoonesques » (avec Bestiole et Clarky) et des scènes plus réalistes de comédie de moeurs (avec la famille) ?

Maïa : C’est assez simple pour moi. Car au début, quand j’ai écrit Sale Bête, je n’ai pas ciblé un public « jeunesse ». Spontanément, dans ma tête, il s’agissait d’une série pour adultes. Et il en est resté quelque chose : j’ai envie que les parents qui lisent SPIROU, magazine tous publics, s’amusent en lisant cette série. Ensuite, je rajoute des gags un peu plus visuels qui sont plus immédiatement accessibles aux enfants. À côté de cela, il y a énormément de références que seuls les adultes pourront capter, mais tant que ça ne gêne pas le fil du récit, c’est très bien comme ça. Je n’ai pas envie de me cantonner à un public enfantin.

Jean-Paul : Graphiquement, ce mélange des genres m’oblige à m’astreindre à un certain réalisme. Pas forcément dans les formes ou les proportions, mais dans certains objets que je mets en scène et qui vont rattacher la série à l’univers d’aujourd’hui. Je fais très attention au style des décors et des costumes, tout comme Maïa est très attentive au langage et aux expressions des différents personnages.

À la planche 6, il y a un gag qui ressemble presque à un intermède : Bestiole tombe amoureux de Poupette…

Jean-Paul : C’est vrai que souvent, dans un récit de 46 pages, on prend garde à ne pas insérer des scènes qui ont l’air d’être du décorum ! Ici, en l’occurrence, ça nous permet de montrer qu’il reste encore en circulation quelques animaux ratés issus de la Fabrique – et ça, c’est important pour la suite ! De plus, ça permet de faire les présentations. Nul doute que Poupette aura un rôle plus important dans le prochain épisode…

Maïa : C’est amusant, cette histoire d’amour entre deux monstres a déjà beaucoup interpellé nos premiers lecteurs! Et ça provient d’une observation de ma part : quand on voit des photos ou des vidéos de couples très moches, on est partagé entre une certaine fascination – « Mon Dieu, comme ils se sont bien trouvés ! » – et une répulsion un peu coupable devant leur laideur. Donc voilà : même si Bestiole est immonde, même s’il pue, j’ai voulu lui trouver la femme de sa vie !

En savoir plus : « Sale bête » tome 2 par Maïa Mazaurette et Krassinsky

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