Interviews :

Rencontre avec le scénariste de « Zarla »

- 21/11/2013

Zarla, tome 5Un scénario, ça ne vient jamais de nulle part. La preuve avec « Les Lueurs vénéneuses », le 5e tome de « Zarla » qui paraîtra le 10 janvier 2014, nourri à la fois de l’histoire du Moyen Âge et des albums de Goscinny. Explications avec Janssens, le scénariste de la série.

Le monde de Zarla, c’est un peu le Moyen Âge, mais pas complètement !

Être scénariste, c’est être curieux, et emmagasiner des thèmes, des informations, qui finissent toujours par ressortir. Le Moyen Âge m’a toujours beaucoup intéressé, il était donc certain que je l’utiliserais un jour dans un scénario ! Ma période préférée ? Celle de Charlemagne, très différente de l’idée que la plupart des gens s’en font. On voit par exemple cette époque comme très sale, alors que les gens étaient beaucoup plus propres qu’à la Renaissance… Charlemagne nageait tous les jours dans sa piscine ! C’est ce Moyen Âge-là, presque aussi raffiné que l’Antiquité, que j’essaie de montrer par petites touches dans Zarla.

D’autres scènes des Lueurs vénéneuses, comme la rafle que subiront les membres du Vieux Peuple, rappellent plutôt les persécutions nazies pendant la seconde guerre mondiale…

Raté ! Car il est question là aussi de Moyen Âge. À l’époque, quand un noble, ou même le roi de France, n’avait plus d’argent, il chassait généralement les Juifs de son territoire, confisquant au passage tous leurs biens… Ça lui permettait de remplir les caisses, et même de payer ses dettes ! En Espagne, la Sainte Inquisition a ainsi pu récupérer des fortunes considérables sous prétexte de « purification ». Maintenant cet épisode de rafle peut également rappeler la seconde guerre mondiale, oui. Ou encore la situation des Coptes, petite communauté chrétienne actuellement persécutée en Égypte. Car en période de crise, quel que soit le lieu, quelle que soit l’époque, on s’en prend toujours aux minorités !

Zarla et Hydromel défendent les plus faibles. Mais ils n’ont jamais de grand discours pour accompagner leurs actes…

C’est sans doute parce que je ne me pose pas trop de questions sur leur psychologie. Je réfléchis comme Goscinny, qui faisait souvent de ses héros des passeurs, dont la seule qualité était de permettre aux lecteurs de découvrir des personnages hauts en couleur et des situations étonnantes. Lucky Luke est un des personnages les plus plats qui existe ! Mais il nous emmène à la rencontre de personnages aussi incroyables que les Dalton. Même chose pour Astérix, qui n’a pas vraiment de caractère, mais sur les pas duquel nous croisons des Corses, des Belges, ou même des Romains tous plus drôles les uns que les autres ! De nos jours, on cherche trop à donner une psychologie forte aux héros de BD. Peut-être certains scénaristes sont-ils trop influencés par les séries télé… Moi, je me contente de donner des indices quant à la psychologie de mes personnages. Ma priorité, c’est de m’amuser. J’utilise, pour chaque album, une toile de fond différente, mais en y disposant tous les piliers de la série, qu’il s’agisse de Molfrig ou des brigands, que j’adore.

Tes brigands, qui reviennent sans cesse attaquer Zarla et se prennent une dérouillée, rappellent les pirates d’Astérix !
Je le revendique complètement, même si je n’utiliserai pas ce gag toute ma vie. De la même manière, Fafnar sème le trouble entre vieux amis comme Tullius Detritus le faisait avec les Gaulois dans La Zizanie ! Rendre hommage à Goscinny est important pour moi, car cet auteur a été une révélation. Pas seulement pour son sens de l’humour, mais aussi – et peut-être surtout – pour son sens de la cruauté. Ça ne saute pas forcément aux yeux, mais si l’on regarde bien, Astérix est très cruel, et même souvent politiquement incorrect !

À quel niveau ?

On y voit par exemple des esclaves, mais on ne les plaint jamais. Au contraire : ils sont souvent ridiculisés, comme dans Le Domaine des dieux, au même titre que les autres personnages ! Modestement, j’essaie de donner moi aussi un peu de cruauté au monde de Zarla. Pour le premier tome, Guilhem et moi nous étions posé beaucoup de questions, en particulier sur Hydromel. Devait-il tuer ses ennemis, ou seulement les assommer ? Nous avons opté pour la première solution.

Tu n’as jamais peur d’effrayer tes plus jeunes lecteurs ?

Zarla est un monde totalement imaginaire. Mais puisque le monde réel peut être cruel, je crois que les mondes imaginaires doivent l’être aussi, afin de préparer les plus jeunes lecteurs à cette réalité. Mais Zarla, bien sûr, reste avant tout une comédie d’aventure, sans aucune autre prétention !

En savoir plus : « Zarla » par Guilhem et Janssens

COMMENTAIRES

#

Laissez un commentaire