Interviews :

Ralph Azham, quelques secrets dévoilés par Trondheim

- 30/08/2016

Ralph Azham, tome 9

Après avoir vaincu le redouté Vom Syrus, Ralph Azham est devenu surintendant du royaume d’Astolia. Désormais au sommet de l’État, il est pris d’une certaine lassitude et de sérieux doutes. Lewis Trondheim nous livre quelques secrets de fabrication de « Point de rupture », tome 9 qui sera disponible dès le 2 septembre 2016, chapitre-clé de la saga.

L’épisode précédent se terminait par une grande bataille contre Tilda Pönns et une sévère déroute pour Ralph. On le retrouve tout penaud et paranoïaque dans cette entame de récit. C’est un moment-charnière dans ta saga ?

Ce n’est pas un tournant de l’histoire, mais carrément le point principal de cette série ! Toutes les aventures précédentes étaient intéressantes, mais mon objectif était d’arriver à ce stade précis : au moment où Ralph a le pouvoir. Une fois arrivé là, quel est le pire ennemi : le roi ? Tilda Pönns ? Lui-même ? Le pouvoir corrompt, Ralph le comprend et cherche des garde-fous. Dès que l’on a un peu de pouvoir, on peut être tenté d’en abuser. Comment fait-on pour rester un être humain intègre ? Ralph va devoir trouver sa voie car effectivement, notre pire ennemi, c’est nous-mêmes.

Dans Ralph Azham, tu alternes des scènes de discussion qui font avancer l’intrigue, et des scènes d’action. Comment trouves-tu le bon équilibre ?

Idéalement, j’aimerais ne faire que des scènes d’action, mais l’album se lirait trop vite ! Au cinéma, si je vois une scène de poursuite de dix minutes, je m’ennuie. Je garde cela en tête : mes scènes d’action ne doivent pas être gratuites, il doit y avoir un angle inédit. Puis j’aime la psychologie des personnages et le rapport entre eux. J’aime l’idée que l’on puisse relire mes albums avec plaisir et à des âges différents. C’est pour cela que je fonctionne souvent par improvisation, ma structure scénaristique est très flexible, même si je cadre au dernier tiers de mes scénarios pour savoir où je vais atterrir. Je ne veux pas faire des albums jetables.

Dans ton histoire, il y a différents pouvoirs, des artefacts magiques auxquels sont confrontés Ralph et ses amis. D’une part, ce sont de très bons outils pour créer des rebondissements et d’autre part, il faut conserver la logique propre de cette magie. Est-ce que ça te facilite la tâche au moment d’élaborer ton scénario ?

J’ai créé le monde d’Astolia comme cela, je dois composer. La seule chose indispensable c’est la logique, il ne faut pas ajouter n’importe quoi. Pas de deus ex machina ni de magie qui peut faire n’importe quoi n’importe quand ! Je dois gérer mon puzzle. C’est pour cela aussi que Ralph, dans cet épisode, se demande qui a créé ces artefacts et s’il n’y a pas un rapport entre eux et les pouvoirs des « bleuis »…

Chef d’État un peu désinvolte, Ralph Azham peut aussi se montrer impitoyable, comme dans la scène d’ouverture avec le pickpocket. Tu le dépeins comme un héros finalement assez antipathique.

On voit bien qu’il a évolué depuis les premiers albums. Personnellement je ne suis pas intéressé de refaire un héros qui soit un boy-scout comme Tintin ou Spirou : ce sont des personnages qui n’existent pas dans la vie réelle. Et même si je sais qu’il n’y a pas non plus de canard anthropomorphe dans la vie réelle, je fais en sorte que Ralph Azham et tous les autres personnages aient des psychologies crédibles, avec des parts d’ombre et de lumière. Le roi, qui est le vrai grand méchant de la série, a également des parts de lumière. Il justifie le massacre des « bleuis » pour éviter un chaos dans Astolia, c’est sa logique. Ralph est dans une position où il peut être dans l’abus de pouvoir, mais il a la chance d’être bien entouré. Est-ce que ça va suffire ? Cette série nous projette sur nous-même : à notre niveau, nous avons tous un petit pouvoir, dans notre travail, avec nos proches, mais est-ce que nous le gérons bien ?

Ralph Azham : crayonné de la forteresse de MalèneLa carte d'AstoliaCrayonné pour les deux faces d'un astol, la monnaie dans Ralph AzhamExtrait d'un carnet de croquis de Lewis TrondheimExtrait d'un carnet de croquis de Lewis Trondheim

Est-ce que ta pratique intensive du dessin d’après nature dans des carnets a augmenté ton plaisir à dessiner les décors de Ralph Azham ?

Oui, depuis quinze ans, c’est manifeste : le dessin d’après nature m’a aidé à mieux construire mes images, mais surtout à prendre un vrai plaisir à dessiner, même si je dois représenter des choses complexes comme des villes fortifiées. Je sais que je n’ai pas un dessin formidable, il est plutôt minimaliste. Mais j’espère qu’il peut être considéré comme une forme d’écriture.

On sent que les pistes convergent vers un nouveau lieu-clé : la Forteresse de Malène. Que peux-tu déjà en dire ?

Comme disent les Québécois : pas de divulgâchis, je ne dirai rien !
Ralph Azham, en plein doute, choisit la fuite. Mais est-ce que partir un week-end en vacances avec sa copine suffira pour échapper à son destin ?

En savoir plus : Ralph Azham, tome 9, « Point de rupture » par Lewis Trondheim (Parution : 2 septembre 2016)

COMMENTAIRES

  1. Très intéressante interview, merci merci ! ! !

  2. Bonjour, j’ai trouvé dans mon album un numéro gagnant pour avoir l’astol. Comment faire ?

  3. Bonjour Valérie,
    Malheureusement le concours permettant de gagner des astols est à présent terminé.