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Maggy Garrisson, bientôt de retour !

- 14/07/2016

EMaggy Garrisson, tome 3

Revoilà Maggy Garrisson, son humour désenchanté et sa perspicacité très pragmatique. Imaginée par Lewis Trondheim, dessinée par Stéphane Oiry, cette série originale n’a pas à rougir de la comparaison avec les meilleures séries actuelles de la télévision britannique.

Cet épisode démarre avec une séquence insolite. Stéphane, toi qui as vécu à Londres, connaissais-tu cette pratique de vente aux enchères de containers ?
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Non, absolument pas ! Ce fut une des surprises du scénario quand j’ai découvert les premières pages. J’ai appris que cette pratique était assez connue puisqu’elle fait l’objet d’une émission de télé-réalité (dont le nom m’échappe). Lewis connaissait cette série, mais il ne m’a pas précisé si c’était sa source d’inspiration. Je sais par ailleurs qu’il se documente pas mal dans la presse anglaise ; une des enquêtes de Maggy dans cet épisode lui a été suggérée par la lecture d’un fait divers dans un journal anglais. Lewis m’a envoyé le lien vers Street View sur Google de l’endroit réel où se situe ce parc à containers, et c’est typiquement le genre de lieu que j’aime bien dessiner ! Ces décors qui sont a priori d’une grande banalité, permettent de travailler une forme de géométrie que j’aime bien… C’était un vrai plaisir ! Et pour dessiner le bazar à l’intérieur du container, j’ai essayé de trouver des photos de vieux greniers pour m’en inspirer.

Est-ce qu’il n’est pas difficile de travailler sur des décors aussi fouillés dans une mise en page où tu privilégies les cases carrées du gaufrier ?

Difficile, je ne sais pas… Un de mes grands plaisirs graphiques, c’est le dessin de paysages et d’architectures. C’est donc un vrai bonheur pour moi de représenter tous ces endroits. La difficulté, c’est d’inscrire ces personnages dans ces lieux. Je me retrouve parfois dans des situations où les personnages sont de plus en plus petits dans les cases. Ils en sont alors réduits à des silhouettes, à avoir de moins en moins de place dans le cadre. J’ai eu peur de les perdre, mais j’ai assumé le fait que ces personnages étaient devenus familiers au lecteur, et qu’il n’y avait pas forcément besoin de toujours zoomer dessus ! J’ai aussi assumé d’être un peu plus tranché dans les ruptures de plan, d’oser un peu plus de gros plans entre deux plans généraux. Je crois que le découpage est plus aventureux, plus « bousculé » que dans les deux précédents albums.

On le sait, le parti pris de la série est très réaliste : pas de scènes d’action spectaculaires, et pas mal de scènes de dialogues. Même si ces textes sont très bien écrits, on sait que ça peut être un cauchemar pour le dessinateur, ces scènes où deux personnages causent dans une cuisine…

Ça ne me fait plus trop peur, car je réalise que la plupart de mes albums sont constitués de personnes qui discutent, qui marchent dans des décors et qui boivent des bières ou du thé ! Je ne dis pas pour autant que c’est toujours simple à dessiner pour moi. Ce n’est pas facile de renouveler la gestuelle, parce qu’elle est assez banale, et on peut très vite tomber dans les redites. C’est un défi, mais assez ludique : je joue les scènes ou je les fais jouer par ma compagne… Prends l’exemple du personnage qui ouvre le frigo et regarde dedans : comment on fait pour rendre ça expressif et lisible ? Il ne s’agit là que d’attitudes très quotidiennes, mais c’est très jouissif quand on trouve le dessin juste pour les représenter.

Tu évoquais les gros plans. Dans le cinéma réaliste et dans les séries anglaises, les réalisateurs peuvent travailler beaucoup sur l’expressivité des acteurs dans les gros plans… Ce qui est impossible en bande dessinée, non ?

Oui en effet ! J’en ai pris conscience très rapidement quand j’ai commencé à faire de la bande dessinée : la représentation des visages en gros plan est un exercice très casse-gueule ; les expressions que l’on veut dessiner aboutissent souvent à des grimaces. C’est très difficile de faire passer des émotions uniquement par le visage en bande dessinée réaliste. Tardi déclarait en substance que si l’on filme le visage d’une actrice en larmes, il y a vraiment une émotion qui passe, tandis que si l’on fait la même chose en bande dessinée, il ne se passe rien ! On regarde juste du dessin, et pas une émotion ! C’est sans doute pour ça que beaucoup de bandes dessinées réalistes ne me touchent pas : quand je regarde ces gros plans, je ne ressens aucune émotion, je détecte plutôt les problèmes de dessin… Mon regard est complètement biaisé : je suis juste attiré par les défauts, et je sors de l’histoire. Dans ce troisième album, je me suis fait violence en réalisant quelques gros plans, mais je les utilise avec parcimonie, car je sais très bien que ça va être très délicat. J’essaie de faire passer les émotions par d’autres moyens : un geste juste, un bon cadrage.

Dans l’épisode précédent, on découvrait que Matthieu Bonhomme a servi de modèle au personnage de Barney Cross… As-tu eu d’autres modèles pour certains personnages ?

Non, Matthieu est le seul dans ce cas. Pour les autres personnages, j’ai un peu cherché les gueules que j’avais esquissées dans mes carnets de croquis. Mais dès que j’ai besoin d’un nouveau personnage, j’essaie de le dessiner rapidement sur ma planche, sans trop d’étude préalable, parce que je connais mes envies et je sais ce que je cherche…

À gauche, Bonhomme dessiné par Oiry. À droite, Oiry dessiné par BonhommeDocumentation pour l'intérieur des containers et crayonnéMaggy Garrisson, tome 3 : Projets de couvertureMaggy Garrisson, tome 3 : Rough de couvertureMaggy Garrisson, tome 3 : extrait du scénario de Trondheim

En savoir plus : Maggy Garrisson, tome 3 : « Je ne voulais pas que ça finisse comme ça » par Trondheim et Oiry. (Parution : 26 août 2016)

COMMENTAIRES

  1. Très intéressant comme toujours. :)

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