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Louca, tome 4 : le match décisif

- 17/08/2015

Louca, tome 4
Contre toute attente, Louca a réussi à marquer un but, permettant à son équipe de mener par 3 à 2… Mais la pression est évidemment d’autant plus forte : pour Louca , et pour son dessinateur Bruno Dequier !

Ce quatrième tome, qui conclut un premier cycle, commence par trente pages consacrées au match de foot. C’est énorme ! Comment relever un défi pareil ?

Dans le tome 3, j’ai découpé mon histoire différemment, en alternant scènes au présent avec le match de foot et scènes de flashbacks avec Nathan. Ici, il m’est apparu très tôt que je devais m’y prendre autrement. La fin du match représentait un enjeu trop important en termes dramatiques ; il me fallait le traiter en continuité, il fallait sentir la pression à tous les niveaux. Mais cela signifie en effet beaucoup de pages de foot. D’où ma question première, pour y arriver, c’était : comment faire vivre en même temps tous les personnages ? Louca, Adel, Julie… Chaque personnage a ses préoccupations propres. C’est de ce côté-là que se trouvait la clé de mon récit : ce ne sont plus simplement « trente pages de foot », c’est une longue séquence qui parle de tous les protagonistes.

Comment les as-tu construites, ces pages ? En prenant des notes sur chaque personnage sur des Post-it, et en les disposant sur un grand tableau, comme un scénariste de cinéma ou de série ?

Non, j’essaie toujours de fonctionner d’abord de manière linéaire. Je me demande d’abord ce qui va se passer dans le récit, quelle est mon intrigue principale, et ensuite je m’interroge : « Comment Louca va-t-il réagir face à cette situation ? » Puis je vois comment faire intervenir les autres personnages, Julie, son petit frère, Nathan. Et j’essaie d’imaginer leurs comportements. J’avance comme ça, par couches successives. Parfois je suis obligé d’abandonner une ou l’autre idée en cours de route parce qu’elle est trop difficile à intégrer et qu’elle risque de brouiller le récit. J’essaie à tout prix de faire en sorte de préserver la fluidité de l’histoire. La gymnastique pour passer d’un personnage à l’autre, je l’effectue assez intuitivement, en fin de compte, en me relisant beaucoup. Je me pose toutes ces questions lors de l’écriture du scénario, mais lorsque je passe au stade du découpage, je le fais vite, et c’est à ce moment-là que je teste vraiment la fluidité de l’ensemble. C’est en découpant que je me suis rendu compte qu’intercaler des flashbacks dans cette séquence de foot aurait rompu cette fluidité de façon inintéressante.

Tu te retrouves avec la règle dramatique des trois unités : temps, lieu, action. Comment varier les plaisirs dans ce contexte ?

Ah, c’est vrai que ce n’est pas simple ?! Je joue beaucoup avec les limites de Louca, le suspense du jeu — Marquera-t-il ? Ne marquera-t-il pas ? —, mais j’aime bien passer à d’autres personnages, montrer où en est Nathan… J’essaie d’enrichir l’action, parce que, effectivement, avoir juste un match de foot pendant trente pages, ça peut devenir vite lassant ! C’est ce qui explique que j’essaie de placer des mini-séquences, comme des monologues intérieurs de Louca par exemple, pour rompre la monotonie.

Est-il difficile aussi de ne pas être répétitif au niveau du dialogue ?

Ah oui, c’est très dur ! Je me permets d’ailleurs de prendre des libertés avec le réalisme, en plaçant de longs dialogues en plein match de foot, ce qui est pratiquement impossible : on ne peut pas causer autant en jouant au football ! Il est difficile aussi de ne pas être trop explicatif, mais en même temps, j’ai envie de l’être pour rappeler certaines informations au lecteur, pour être certain de ne pas le perdre en cours de route. J’ai parfois envie de répéter certains enjeux, parce que c’est quand même le quatrième tome de la série et je me dis que le lecteur n’a pas forcément tout en tête. C’est à une étape comme celle-là que la collaboration avec l’éditeur est importante ; je lui envoie des planches, il me livre ses impressions en tant que premier lecteur. Car au bout d’un moment, à force d’être le nez sur le guidon, je ne me rends plus très bien compte de l’efficacité de tel ou tel dialogue.

Louca, tome 4 : rough de planche et encrageLouca, tome 4 : rough de plancheLouca : rough de la couverture du SPIROU n°4029-4030Louca : mise en couleur de la couverture du SPIROU n°4029-4030Louca : couverture du SPIROU n°4029-4030

Louca, tome 4 : « L’espoir fait vivre par Bruno Dequier (parution : 18 septembre 2015).

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