Interviews :

« Le Royaume » face à la peur !

- 18/04/2013

Le Royaume tome 5

On ne présente plus le petit monde du Royaume, avec Anne la charmante aubergiste, François le romantique forgeron, le roi débonnaire et ses fils chahuteurs… Mais ce nouvel épisode est peut-être le plus ambitieux de son créateur, Benoît Feroumont. Explications.

Quelle était l’idée de départ de cette nouvelle longue aventure ?

Comme toujours, il y a une petite idée qui jaillit dans mon imagination et que je note dans un petit calepin. Ensuite, une autre idée se greffe sur la première, et ça devient un début de scénario. Cette idée initiale, c’est l’arrivée des arquebuses qui provoque la fin des commandes pour le maître d’armes, Marcel. Celui-ci se retrouve donc au chômage technique : comment vendre ses armes, désormais ? À cela vient s’ajouter l’idée que provoquer la peur chez les gens engendre le syndrome sécuritaire, qui entraîne une foule de problèmes dans une société.

Tu dessines aussi des gags et des histoires courtes avec Le Royaume. Est-ce que cela t’amène à construire aujourd’hui différemment un récit en 46 planches ?

En toute franchise, je trouve l’exercice du 46-planches plus difficile, mais il permet vraiment d’explorer les personnages. Les récits complets exploitent généralement une petite idée ou une situation. Tandis que le gag, c’est plutôt une mécanique de la rigolade. Dans les gags que je réalise avec Maïa Mazaurette, on se concentre délibérément sur la vie quotidienne d’Anne avec sa taverne. Ici, cette aventure plus longue est utile pour raconter tout un parcours de la ville et de ses habitants.

Ce qui frappe, d’ailleurs, dans cet épisode, c’est que tu varies constamment les points de vue.

Oui, je voulais vraiment revenir au concept originel du Royaume : faire vivre beaucoup de personnages en parallèle. Au fil du temps, Anne s’est sans doute imposée comme personnage central, et c’est heureux, mais j’aime beaucoup d’autres protagonistes comme le roi, Candice, François… Le Royaume porte bien son nom, dans le sens où ce sont tous ses habitants qui le font vivre. En ce qui concerne Anne, j’explore dans cet épisode l’interrogation inévitable : comme expliquer que cette jolie fille n’est pas encore mariée à cette époque ? Elle se pose beaucoup de questions sur sa condition de femme célibataire vivant de son propre travail. Il va y avoir quelques conversations autour de ça.

Tout aussi frappant : tu ne cherches pas à avoir une unité de décor dans chaque planche, tu enchaînes les scènes à différents endroits souvent dans une même page.

Oui, parce que je monte mon récit comme un film. Souvent, j’utilise un changement de lieu comme un cut entre deux séquences. C’est sans doute une des seules techniques que j’ai importées de mon travail dans le cinéma d’animation : pouvoir changer de lieu d’une case à l’autre, c’est vraiment un réflexe de montage. Sans devoir utiliser systématiquement des récitatifs du genre « pendant ce temps-là ». Ce qui m’importe le plus, c’est de réussir une narration fluide et claire pour embarquer mon lecteur sans qu’il doive se gratter le crâne pour comprendre les méandres de l’intrigue.

C’est un récit truffé de dialogues, et parfois, tu n’hésites pas à charcuter la tête d’un personnage pour placer une bulle (comme dans la dernière case de la planche 4, par exemple).
Ah oui, mais parfois j’éprouve pas mal de difficultés à intégrer les bulles dans l’image ! Dans certains cas, maladroitement, je n’ai pas prévu assez de place. Dans mon processus de travail, entre le découpage et le crayonné proprement dit, il y a une étape  à la palette graphique qui me permet de recadrer un peu les images si nécessaire pour bien intégrer les bulles. Mais je sais pertinemment que certaines cases ne sont pas « jolies », elles ne sont pas là pour produire un effet graphique ou esthétique, ce sont simplement des cases « utiles », qui font avancer l’action. La mouvance d’une BD très picturale qui existe aujourd’hui, je la respecte, mais ce n’est pas du tout mon truc !

En savoir plus : Le Royaume tome 5, « Les armes de Maître Marcel » par Benoit Feroumont.

COMMENTAIRES

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  2. […] truculents. "Je monte mon récit comme un film", explique-t-il dans une interview sur le blog de Dupuis. "Ce qui m’importe le plus, c’est de réussir une narration fluide et […]

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