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Le retour de Maggy Garrisson !

- 31/03/2015

Maggy Garrisson, tome 2
En 2013, on faisait la connaissance de Maggy Garrisson, une provinciale montée à Londres qui devenait l’assistante d’un détective privé un peu miteux. Maggy est née de l’imagination de Lewis Trondheim et du dessinateur Stéphane Oiry. Ceux-ci nous expliquent la genèse de cette série originale.

Comment est née Maggy Garrisson ?

Oiry : Au départ, il y a le rédacteur en chef du Journal de Spirou qui me propose de travailler pour ce journal. Frédéric m’a fait cette proposition à la Comédie du Livre de Montpellier, la ville où habite Lewis Trondheim. Lewis était dans les parages, il a entendu la conversation et il a proposé de m’écrire des scénarios, si je le souhaitais. Ça m’a flatté ! J’étais partant à 100 % !

Trondheim : À ce moment-là, je travaillais avec Matthieu Bonhomme sur le premier Texas Cowboys et je commençais à ressentir des envies d’écriture pour un dessin plus réaliste que d’habitude. Le dessin de Stéphane me plaisait beaucoup et j’adore les nouveaux défis.

Ça, c’est pour le contexte. Qu’en est-il de la création du personnage proprement dit ?

Oiry : Eh bien, on savait qu’on voulait travailler ensemble pour Le Journal de Spirou, mais on ne savait pas encore dans quelle direction. Pendant un an, nous avons échangé des mails pour trouver un terrain d’entente. Je lui ai proposé d’explorer le domaine du polar, parce que c’est un genre que j’apprécie beaucoup comme lecteur. Et j’avais l’impression que mon style de dessin, assez noir, très encré, pouvait convenir à ce registre.

Trondheim : Le polar est un genre pas mal usé jusqu’à la corde. À la télé, on se bouffe série policière sur série policière. Donc d’un côté, je me suis retrouvé sur un terrain archi-balisé, mais d’un autre côté, moi qui aime bien faire les récits à ma sauce, je me suis dit qu’il devait bien y avoir moyen de tordre le truc d’une autre façon.

Quel a été le déclic ?

Oiry : Je ne sais pas s’il y a eu un seul déclic, mais je l’ai invité à regarder la série américaine « Bored to Death ». Jason Schwartzman y incarne le créateur de la série Jonathan Ames, grand amateur de romans noirs qui s’imagine des compétences de détective ! C’est une série assez drôle, qui a permis de déclencher le processus créatif de Maggy.

Trondheim : Oui, le côté « petites enquêtes un peu ridicules » a été un bon déclencheur. Mais ensuite, je voulais quand même donner un vrai caractère au personnage, et ne pas donner dans la parodie.

Comment s’est opéré le choix de Londres comme décor principal de la série ?

Oiry : Lewis m’a demandé où j’avais envie que ça se passe et je lui ai suggéré Londres parce que j’y ai vécu et que j’avais envie de dessiner cette ville. Étonnamment, c’est une ville assez peu représentée en BD dans sa configuration contemporaine. Londres, on la voit surtout à l’époque de « Sherlock Holmes » ou de « La Marque jaune ». Une de mes motivations quand je fais de la bande dessinée, c’est de représenter des lieux où j’ai habité. J’avais pris des photos à l’époque, mais ma principale source de documentation aujourd’hui, c’est Internet et Google Maps. J’aimerais retourner à Londres avec Lewis, mais c’est un projet qui ne s’est pas encore concrétisé.

Trondheim : Je crois que Stéphane a peur que je l’entraîne dans des pubs pour travailler, faire des croquis, et moi j’ai peur qu’il m’embarque à écouter des groupes de rock qui ne sont pas bons pour mes acouphènes !

Je suppose que le fait d’y avoir vécu t’aide à donner à tes décors un supplément d’âme.

Oiry : Oui, car une grande partie de l’intrigue se déroule à Kilburn, le quartier où j’ai vécu peu avant les années 2000. J’ai des idées très précises pour les ambiances. Kilburn, c’est le quartier irlandais, avec beaucoup de bars et de pubs… C’est grouillant de vie, même en pleine journée. Il y a aussi pas mal de chômage, et la vie du quartier ne se calque pas forcément sur les horaires de bureau.

Le chômage, justement, c’est à peu près la seule information qu’on a sur Maggy au début du premier épisode : elle vient de dégotter son premier job depuis deux ans.

Oiry : À partir du moment où l’on a décidé de choisir Londres, on avait un certain cinéma social anglais comme référence, dont les films de Mike Leigh. Pour Maggy Garrisson, il y a ce ton, cette voix off qui s’est très vite installée. Par contre, mes premières propositions graphiques n’ont pas plu à Lewis. J’avais cherché à dessiner plus clairement une jolie fille, alors que Lewis voulait lui donner un physique plus banal.

Trondheim : Je lui ai montré plein de photos d’actrices qui jouent dans les films de Mike Leigh et il en a tiré une sorte de quintessence.

En savoir plus : Maggy Garrisson, tome 2, « L’homme qui est entré dans mon lit », par Trondheim et Oiry.
(Parution : 24 avril 2015)

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