Interviews :

La première grande aventure de Mélusine

- 21/06/2016

Mélusine, tome 24

Après plus de 800 gags et récits complets, et quatre ans après le retrait de son scénariste François Gilson, le dessinateur Clarke réalise en solo un premier récit de 44 planches pour Mélusine. Une nouvelle étape pour cette série qui soufflera ses 25 bougies l’année prochaine !

Depuis 2012, tu es seul maître à bord pour animer Mélusine. Comment as-tu assumé cette responsabilité ?

Sans trop de difficultés, parce que la base créée par François Gilson pour la série est particulièrement solide. Et lorsqu’il a précisé dans une lettre : « J’arrête », il ne m’a donné aucune instruction pour prendre le relais. C’est un peu comme si je recevais un cahier des charges mais avec l’immense confort de pouvoir en faire ce que je voulais ! La question la plus importante fut alors : « Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je fais du Gilson ou est-ce que je pars dans de nouvelles directions ? »

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire le grand saut et de te lancer aujourd’hui dans un 44 planches ?

Gilson lui-même avait déjà essayé ; il avait en tête de créer une collection parallèle qui s’appellerait « Mélusine Aventures »… Le problème, c’est qu’il était viscéralement un scénariste de gags ; ses scénarios « longue durée » restaient en conséquence assez simples et très linéaires. Alors que moi, j’ai plutôt une propension à verser dans l’histoire alambiquée ! En fait, je me suis rendu compte que j’avais envie que chaque album ait désormais une identité forte. En séance de dédicaces, des lecteurs me complimentent pour tel ou tel gag, mais ils ne savent plus dans quel album ils l’ont lu… Or, pour moi, le principe d’une bonne série, c’est d’obtenir qu’un album marque le lecteur, qu’il l’emmène chaque fois un peu plus loin, que l’on s’en souvienne. Alors que dans les séries composées exclusivement de gags, on finit par faire une soupe avec toutes les planches publiées. Et le risque existe, quand la série dure, que la roue tourne un peu à vide !

Est-ce une idée précise de scénario qui t’a poussé à franchir le pas, ou ta décision était déjà prise ?

Ma volonté de faire un 44 planches était effectivement antérieure. En réalité, l’album « Cancrelune » aurait pu déjà être une aventure de 44 planches, mais l’histoire (une pérégrination vers les Enfers) restait assez simple… Le fait d’avoir fait mourir Cancrelune m’a valu une telle manne de courrier que j’ai voulu calmer le jeu et rassurer mes lecteurs avec l’album suivant, « Fées contre sorciers« , pour montrer que la série ne changeait pas de nature. Mais mon désir de me lancer dans des grandes aventures est là depuis au moins trois ou quatre albums ! Évidemment, j’ai dû trouver une intrigue qui justifiait ce désir, et je crois que « La Ville fantôme » développe des idées assez complexes, qui nécessitent ce format.

Question corollaire : quand tu te lances dans un récit plus complexe, est-ce compliqué de le truffer malgré tout de gags, de conserver sa dimension humoristique ?

Non, parce que les personnages ont été bien établis par Gilson, il leur a donné un passé et du caractère, même si j’ai dû abandonner une partie de son travail pour mieux avancer de mon côté. Cela signifie que de nombreux gags sont amenés par la psychologie des personnages. Ce luxe est possible grâce aux vingt albums précédents : ce sont les personnages qui tirent l’histoire vers eux, en quelque sorte. Insuffler des gags avec ces personnages n’est pas difficile ; le problème réside plus à bien faire coïncider l’intrigue avec ceux-ci. Une fois que leur place est bien trouvée, il n’y a plus de souci.

Est-ce que ton travail sur des one-shots plus réalistes, comme récemment « Dilemma » (paru aux Éditions Le Lombard), influence ton style humoristique ?

Je fais la distinction entre ces deux styles sans aucun problème. Et s’il y a une connexion entre les deux, elle est positive : l’un nourrit l’autre, et vice versa. J’ai un dessin assez « école de Marcinelle » (s’il faut mettre un nom dessus) mais qui lorgne plus vers un semi-réalisme. Et quand je dessine un projet réaliste, il est bien servi par mon encrage qui est naturellement assez nerveux. In fine, les deux styles se contaminent sans doute, mais c’est difficile d’éviter ça.

Mélusine et ClarkeMélusine, tome 24 : scénario découpé dessiné par ClarkeMélusine, tome 24 : scénario découpé dessiné par ClarkeMélusine, tome 24 : scénario découpé dessiné par ClarkeHommage de Clarke à Escher et son fameux tableau "Relativité"

En savoir plus : Mélusine tome 24, « La Ville fantôme » par Clarke.

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