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« La Grosse Tête » – rencontre avec Makyo

- 2/03/2015

Faut-il encore présenter Pierre Makyo ? Sa Balade au bout du monde en a fait un des auteurs phares des années 1980. Mais s’il est réputé pour ses séries réalistes, Makyo ne cache pas son amour pour la bande dessinée humoristique. Rencontre avec un grand monsieur de la BD.

Écrire une aventure de Spirou, Pierre, c’était un vieux rêve ?

Fondamentalement, je suis un enfant de Spirou ! Comme pour beaucoup d’auteurs, mon père spirituel c’est Franquin. J’ai tellement rêvé avec certaines de ses aventures de Spirou comme «La Mauvaise Tête», «Le Prisonnier du Bouddha» ou «QRN sur Bretzelburg»… Autant j’ai des collègues qui sont tintinophiles, autant moi je ne suis même pas sûr d’avoir lu tous les Tintin. Par contre, je trouvais qu’il y avait une ampleur et une poésie dans les Spirou qui m’émouvaient terriblement. Donc quand l’opportunité d’écrire une histoire de Spirou s’est présentée, j’ai sauté dessus ! En fait, j’avais déjà écrit un premier scénario, mais qui s’inscrivait un peu trop dans la lignée classique des aventures de Spirou. L’éditeur m’avait recadré ; il m’avait expliqué que la collection des one-shot, des « Spirou de… » permettait aux auteurs concernés de laisser libre cours à leur fantaisie et de sortir un peu du cadre. J’ai donc en partie réécrit mon histoire, avec l’aide de mon frère Toldac qui est coscénariste et un peu aussi mon gagman.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac


Comment as-tu pensé à Tehem pour la dessiner ?

Un premier dessinateur a d’abord été pressenti ; il a fait deux planches d’essai, mais cela n’a pas abouti. Or, il se fait que je connais Thierry Maunier, Tehem, depuis pas mal de temps, et que j’aime beaucoup son dessin, je le trouve vraiment très rigolo ! L’éditeur partageait mon enthousiasme et notre collaboration s’est mise en place assez facilement.

Comment as-tu eu l’idée de repartir de l’album «La Mauvaise Tête», qui devient un roman de Fantasio, lui-même adapté en film ? Comment as-tu pensé à cette mise en abyme ?

Assez naturellement, parce que je me suis moi-même frotté au monde du cinéma. J’ai déjà signé quatre courts métrages et je suis en train d’essayer de monter un projet de long métrage. C’est un milieu où l’on voit souvent le succès changer le comportement des gens ; donc l’idée d’un héros qui attrape « la grosse tête » à partir de « la mauvaise tête » est venue assez naturellement. L’idée que Spirou sorte du cadre intangible du « héros sans peur et sans reproche » était permise dans cette collection de one-shot. Que l’amitié indéfectible de Spirou et Fantasio soit contrariée par une lutte d’ego, j’ai trouvé ça amusant.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac

Le dessin de Tehem participe aussi de cette relecture du mythe au second degré. Son graphisme instaure un décalage…

Oui. Il a trouvé son style de dessin : Spirou et Fantasio sont reconnaissables, mais ce sont les siens, sans le moindre doute possible. Je trouve qu’il a une forte personnalité graphique, et il a réussi à recréer un univers parallèle de Spirou qui fonctionne sans risquer d’être confondu avec celui de la série-mère.

Était-il difficile d’organiser le choc temporel entre les références du Spirou de Franquin des années 1950 et 1960 et l’époque actuelle dans laquelle se déroule ton histoire ?

Non, parce c’est ce que permet la bande dessinée et ce que j’adore dans cette discipline : il n’y a pas de limites, on peut tout y faire, pour peu qu’on maintienne une forme de cohérence interne au récit, en fin de compte. Cette cohérence obéit à une règle que nous nous étions nous-mêmes imposée, et qui est la suivante : Spirou et Fantasio ont vécu des aventures, Fantasio, en tant que journaliste, les a relatées. Il décide aujourd’hui d’en tirer un roman, qui va tenter un producteur de cinéma pour en faire un film. Ce sont donc des décalages instaurés à l’intérieur même de la réalité décrite dans la bande dessinée. Ce dispositif-là était aussi très amusant à mettre en place. À partir du moment où cette cohérence était installée, on pouvait se permettre énormément de choses.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac

Vu ton admiration initiale, était-il facile de se dégager de l’ombre écrasante de Franquin ?

Oh, je sais que certains dessinateurs considèrent comme sacrilège de pénétrer ainsi dans l’univers de Franquin… Je ne partage pas cette vision des choses. J’admire le travail de Franquin, mais pour moi il n’y a rien d’iconoclaste à s’amuser avec son Spirou. Franquin avait beaucoup d’humour et je suis persuadé qu’il pourrait tout à fait s’accommoder du fait que l’on joue avec les codes de son univers. Sans pour autant le détériorer, bien sûr !
« La Grosse Tête » est réellement un hommage, en définitive.

En savoir plus : « La Grosse Tête », Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac (Parution : 20 mars 2015).

COMMENTAIRES

  1. Mais d’où sort ce dessinateur!
    Je n’ai jamais rien vu d’aussi horrible,
    pauvres Spirou et Fantasio…

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