Interviews :

« La Grosse Tête » – La règle d’or de Tehem

- 16/02/2015

''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et ToldacAvec sa série « Malika Secouss », Thierry Maunier alias Tehem s’est fait un nom dans le monde de la bande dessinée. Membre de l’équipe du magazine TCHO ! lancé par Zep, Téhem a aussi croqué notre drôle d’époque dans « Zap Collège »… Aujourd’hui, il se frotte à Spirou et Fantasio.

Comment as-tu accepté d’embarquer dans cette aventure ?

Je connaissais Pierre Makyo via des festivals. On s’entend bien. Mais j’avoue que je n’étais pas fan de Spirou. J’étais plutôt un « gastoniste », un fan des gags de Gaston Lagaffe. Mais j’aime bien les challenges, et celui-ci était vraiment très intéressant. J’ai dit oui, un peu sans réfléchir… J’ai fait des essais, ça m’a bien plu, on s’est mis d’accord et voilà, l’affaire était conclue ! Le contexte du one-shot me donnait une assez grande liberté ; ça m’a conforté dans l’idée de garder mon graphisme et de ne pas m’escrimer à dessiner « à la manière de »… En même temps, comme Makyo a conçu une histoire à tiroirs, c’était un défi parfois difficile à relever : dessiner des héros de BD qui jouent leurs propres aventures au cinéma, c’était assez compliqué à mettre en place.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac

As-tu beaucoup cherché pour harmoniser le style des nouveaux personnages (le producteur, son insupportable fiston…) et ceux de Franquin ?

Oui, j’ai d’abord essayé de mettre tous ces anciens personnages à ma sauce, sans pour autant les dénaturer. Il fallait vraiment trouver un juste milieu entre mon style et celui des albums de Franquin.

Et pour faire coexister la Turbotraction et les éléments old-fashioned avec des décors modernes comme le cinéma Rex et les studios de TF1 ?

Dès le départ, j’ai envisagé « La Grosse Tête » comme une histoire contemporaine. Certes, les albums de Franquin ont été réalisés dans les années 1950 et 1960, mais il s’en dégage pourtant un parfum intemporel : la maison de Spirou, par exemple, fonctionne encore bien aujourd’hui. Ça ne choque pas. Mais en tant que dessinateur, je suis plus à l’aise dans un environnement contemporain. Je n’ai pas connu les années 1950, hélas ! Les décors actuels me sont plus familiers, et c’est plus facile pour moi de m’en emparer, quitte à intégrer effectivement des éléments des fifties. Mais c’est parce que tu me poses des questions que j’essaie de formaliser ma réflexion. En réalité, je travaille de manière très intuitive ! Le seul principe que je suis, et que m’a enseigné Makyo, c’est : « Tout ce qui sert l’histoire est bon. » On peut tout faire, du moment que l’histoire est bien servie.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac

Est-ce que le fait de n’être pas fan de Spirou t’a aidé à ne pas être intimidé par le poids de l’héritage de Franquin ?

Oh oui, certainement ! Je sais que certains dessinateurs à qui on a proposé de faire un Spirou m’ont dit : « J’ai refusé, je n’ai pas pu le faire, parce que j’ai senti le poids écrasant des auteurs derrière moi. » Moi, je n’ai pas senti ça parce que, même si j’aime beaucoup Spirou et Fantasio — surtout le personnage de Fantasio, que je trouve plus intéressant —, je ne suis pas un fan absolu de la série. Naturellement, pour les besoins de cette histoire, j’avais toujours devant moi les albums « La Mauvaise Tête » et « QRN sur Bretzelburg », mais je ne les copiais pas, ils me servaient seulement de références graphiques pour rester cohérent en dessinant le récit de Makyo.

Est-ce que cette aventure de longue haleine (64 pages) a généré autre chose que du plaisir ?

Oui, parce que j’avais mal évalué la longueur de l’album. J’ai l’habitude de faire des 46 pages, j’ai signé également des romans graphiques en noir et blanc de 120 pages, mais je ne connaissais pas ce format-ci, et j’ai eu du mal à évaluer l’ampleur de la tâche ! Néanmoins, j’ai éprouvé du plaisir du début jusqu’à la fin, malgré quelques « accidents de parcours ». Il y a des pages du scénario qui ont été modifiées ; des planches que j’avais dessinées sont passées à la trappe… Et refaire des planches, c’est ce qui m’a posé le plus de problèmes. Redessiner une séquence, c’est pénible pour moi car le dynamisme initial est un peu tombé ! Mais bon, j’y suis arrivé… D’autant que Makyo est très souple et écoutait volontiers certaines de mes suggestions.

Extrait de ''La Grosse Tête'', Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac

C’est aussi la première fois que tu n’es pas ton propre scénariste.

Oui, et je me rends compte que le scénario de Makyo m’a calmé ! Il impose une structure, bien heureusement… Je crois que si j’avais été le seul maître à bord, si j’avais eu complètement le champ libre… Je me serais lancé dans beaucoup plus de courses-poursuites, dans beaucoup plus de scènes mouvementées, et qu’après 64 pages, le lecteur serait sorti épuisé de l’aventure ! Mais mon ambition depuis que je fais de la bande dessinée, c’est d’essayer coûte que coûte de rendre les personnages vivants. Si j’y arrive, c’est mission accomplie !

En savoir plus : « La Grosse Tête », Le Spirou de Tehem, Makyo et Toldac (Parution : 20 mars 2015).

COMMENTAIRES

#

Laissez un commentaire