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Hubert : « J’ai dû réécrire cinq fois cet épisode de BEAUTÉ »

- 13/05/2013

Beauté tome 3, Simples mortelsRevoilà « Beauté », l’étrange conte de fées noir imaginé par Hubert, avec la complicité précieuse des Kerascoët. Dans ce troisième opus, « Simples mortels, victime de ses caprices de reine, Morue, laideron qui a hérité l’apparence de la beauté, se retrouve seule sur les routes avec sa fille Marine…

À lire le début de ce troisième épisode, on sent que le découpage du récit n’est pas gratuit : c’est un vrai triptyque…

Hubert : Oui, et ce qui est étrange, c’est qu’au départ, nous avions vraiment imaginé Beauté comme un récit d’un seul tenant, comme un long one-shot. Quand Louis-Antoine Dujardin, notre éditeur chez Dupuis, a imaginé d’en faire une histoire plus orientée tous publics et pré-publiable dans SPIROU en 46 planches, cela a provoqué un déclic chez moi. J’ai réalisé que j’avais écrit trois actes : le premier, comment Beauté devient reine, le deuxième, son règne proprement dit, et le troisième, la chute et l’exil. Voilà donc ce personnage qui se retrouve obligé de mûrir et d’apprendre de ses erreurs. Comme elle a sa fille à sa charge, elle se rend compte qu’elle ne peut pas se laisser aller, et qu’elle va devoir tenter de remédier à la situation.

À la planche 2, Beauté s’aventure vers une sorte de « descente aux enfer », comme Orphée. Était-il clair qu’il ne fallait rien montrer dans cette séquence ?

Hubert : Oui, parce que pour nous, l’aspect fantasmatique est aussi important que la dimension strictement fantastique. Il faut que l’ambiguïté demeure, que le lecteur s’interroge : est-ce que cette pauvre fille est folle, ou est-ce que la fée Mab existe vraiment ? C’est pour cette raison que quand Beauté parle à Mab, on la montre seule, automatiquement, il n’y a jamais de témoin.

Kerascoët : On n’a jamais pensé dessiner un univers de fées. Pour nous, il fallait que cela reste mystérieux, et surtout, que cela puisse faire peur. On a donc pris le parti le plus radical: le noir ! Beauté ne sait pas dans quoi elle met les pieds, et le mystère du monde des fées doit rester entier.

Les séquences effrayantes s’enchaînent, lorsque le Roi-Sanglier va séquestrer Beauté dans un grand coffre… Il y a une charge érotique de plus en plus forte, non ?

Hubert : C’est vrai. Ce fut d’ailleurs une des grandes difficultés d’écriture de ce tome 3. Je crois que je n’ai jamais autant souffert sur l’écriture d’un album de bande dessinée ! C’était extrêmement difficile de garder le ton qu’on avait choisi pour les deux tomes différents. Quand on est dans un récit aussi noir que celui-ci, l’équilibre est difficile à trouver. Résultat, j’ai dû réécrire cinq fois cet épisode, cela a été un accouchement dans la douleur !

Kerascoët : Contrairement à Hubert, nous avons eu beaucoup de facilité à réaliser cet album. C’est assez étrange parce que nous sortions d’un long moment où nous n’avions pas dessiné. Mais quand nous nous y sommes remis, les planches venaient assez naturellement. C’est incroyable, mais c’est comme ça.

On va alors découvrir la femme du Roi-Sanglier, qui m’a fait penser à l’actrice Anita Ekberg… C’était important qu’elle ait un autre type de beauté ?

Hubert : Anita Ekberg était effectivement ma référence : l’image d’elle jeune dans La Dolce Vita, et ensuite vieillissante. Et l’idée était d’opposer une beauté humaine, celle de la reine, à une Beauté surnaturelle. En face d’elle, la reine se retrouve devant une créature dotée d’un sortilège ; elle ne lutte donc pas avec les mêmes armes, la pauvre ! Elle n’est faite que de chair et d’os, alors que Beauté est constituée de chair, d’os et de fantasme…

Kerascoët : Une autre référence pour nous, c’était la Walkyrie de Wagner : une caryatide du Nord, très en poitrine… Il est vrai que par ailleurs, le cinéma nous inspire souvent.

La noirceur du récit est toujours contrebalancée par un humour ironique : « J’aurais préféré une rôtissoire! » s’exclame la reine en accueillant Beauté.

Hubert : Ce que je voulais faire dans cette scène, c’était montrer le rôle de cette femme en tant que reine, par contraste avec ce que Beauté imaginait être la reine. Cette reine du Nord assume tout, un rôle d’épouse mais aussi d’intendante ; elle n’est absolument pas futile, son sens pratique n’est jamais pris en défaut… Elle est entièrement dans le contrôle et la responsabilité. Alors que pour Beauté, être reine, ce n’était pas une fonction, mais juste un titre et un privilège. Et Dagmar va éprouver une véritable compassion pour Beauté, car elle va se rendre compte que celle-ci n’est pas une vraie rivale, mais une victime.

En savoir plus : « Simples mortels », Beauté tome 3 par Hubert et Kerascoët.

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