Interviews :

Gazzotti et Vehlmann à propos du tome 8 de SEULS

- 11/09/2013

Seuls, tome 8, Les Arènes (parution : 8 novembre 2013)
Dans l’épisode précédent de Seuls, « Les Terres basses », les enfants parvenaient à quitter la ville qui s’enfonçait de plus en plus dangereusement dans le sol, grâce à la témérité de Dodji et de Saul. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises ; ils sont emmenés vers une nouvelle cité…

Fabien, c’est un choc spatio-temporel que tu proposes dans ce nouvel épisode avec Néosalem, une ville d’inspiration gréco-romaine. Pourquoi ?

Vehlmann : C’est la logique du récit qui a amené à ce choc de civilisations que tu évoques. Tout ne sera pas expliqué de manière explicite dans ce huitième tome. C’est la « marque de fabrique » de « Seuls » : à chaque épisode, on résout quelques énigmes tout en en posant des nouvelles. En cela, je ne fais que suivre la méthode des séries télévisées américaines qui, la plupart, développent ce principe à merveille.

Dans cet épisode, on commence à entrer dans l’univers des « quinze familles », et il se trouve que ces premières familles ont un mode de vie très imprégné de culture antique, ce que n’avaient pas du tout les enfants qu’on a découverts dans le premier cycle de la série. Il en résulte un changement de genre délibéré. Le premier cycle ressemblait plus à la série « La Quatrième Dimension », avec un cadre classique où surgissait une bizarrerie. Tandis que dans ce deuxième cycle, on tend vers l’épopée, avec un mélange de costumes et d’époques, qui évoquerait plus (toutes proportions gardées !) « Le Seigneur des anneaux »… Je ne me compare pas à Tolkien, je vous rassure ; je veux simplement dire notre envie d’une série avec un souffle épique. Cependant, on ne pouvait pas commencer « Seuls » comme ça ; il fallait démarrer en douceur et bien placer les personnages dans un environnement plus sage. En cela, je suis la maxime : « Il n’y a pas d’extraordinaire sans ordinaire au préalable. »

Bruno, sur le plan graphique, comment as-tu composé Néosalem ?

Gazzotti : Comme je ne désirais pas utiliser trop de documentation provenant d’Internet, j’ai fait un voyage dans le Sud de la France au début de l’été dernier. J’ai visité Tarascon, Arles, Nîmes ; pendant quinze jours, j’ai pris des photos. À l’arrivée, j’ai mélangé des éléments observés dans différentes villes. Le château, par exemple, est inspiré de celui de Tarascon. L’amphithéâtre qu’on voit planche 6 est celui d’Orange. Quand je m’y suis rendu, il y avait un décor pour un spectacle, et j’ai repris ce décor dans mon dessin.

Vehlmann : Je me rends bien compte que je rends la tâche difficile à Bruno, car il est plus à l’aise dans un univers urbain strictement contemporain : il dessine sans problème les immeubles et les véhicules motorisés…

Gazzotti : Par contre, dessiner correctement des chevaux, c’est mon cauchemar !

Vehlmann : Oui, et là, avec ce tome 8, j’avoue que j’ai fait fort : il n’y a pas que deux ou trois difficultés graphiques…

Gazzotti : Tu veux dire qu’il y en a à chaque page, à peu près ?

Parmi ces difficultés, il y a la maquette de la ville, à la planche 8.

Gazzotti : Ah oui, pour cette seule case, je me suis pris la tête pendant une semaine : comment se présente la géographie d’une petite ville de montagne avec, à la fois, un château sur un rocher, un amphithéâtre, des arènes ? Je devais trouver une solution cohérente, car le plan de cette ville doit rester évidemment le même pendant tout le reste du récit ! J’ai cherché comment Uderzo réalisait ses maquettes de Rome dans Astérix (il y en a dans certains albums comme « Le Domaine des Dieux »), mais je me suis rendu compte que ça ne m’aidait pas du tout ! Néosalem, de par son caractère composite, ne ressemble finalement à rien d’autre… Aucune documentation ne m’a servi ; il a fallu que j’invente tout, et que ça tienne ensemble.

Pourquoi emprunter à la culture de l’Antiquité pour créer le look des notables de la ville ?

Vehlmann : Les toges, c’est un cliché bien sûr, mais il est tout de suite très parlant en termes d’archétype : ça ressemble à Rome, ça évoque le péplum… Or, toute la série « Seuls » joue énormément sur les archétypes ! J’aime les utiliser, je n’en ai pas peur : une bonne série procure suffisamment de clichés pour que le lecteur s’y retrouve, et elle les distord ensuite pour provoquer la surprise. Autrement dit, il faut à la fois créer un sentiment de familiarité (et pour ça, les toges, les tribuns, ça fonctionne à merveille) et de nouveauté et d’imprévu.

En savoir plus : « SEULS » par Gazzotti et Vehlmann

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