Interviews :

Gazzotti et Vehlmann à propos du tome 8 de SEULS (suite)

- 9/10/2013

Seuls, tome 8, Les arènes (parution : 8 nvembre 2013)Bienvenue à Néosalem ! Enfin, bienvenue… cela dépend pour qui. Cette métropole fonctionne visiblement sur un système de castes, les « familles », et certains y sont d’emblée mieux accueillis que d’autres : Saul, par exemple, est dès son arrivée convié au « Conseil des Sages ».

Les notables de Néosalem révèlent à Saul des pouvoirs qu’il ignorait. Lui qui s’affirme depuis le début comme un « leader né » trouve ses maîtres, en quelque sorte.

Fabien Vehlmann : Là encore, j’essaie de manipuler de manière originale des stéréotypes. Dès le début, je plaçais des images d’Épinal : la petite fille sage, le rebelle courageux, le lâche à lunettes, la fille garçon manqué… Et petit à petit, j’essaie de montrer que ces personnages sont plus complexes que leur profil initial. Alors, c’est vrai qu’il y a toute une thématique autour du pouvoir que je développe avec le personnage de Saul, mais cela ne signifie pas que ce personnage soit en permanence dans le contrôle. Ici, il n’est plus « en représentation » devant les autres enfants, il est isolé dans un nouvel environnement qu’il ne maîtrise pas et il est déstabilisé. Pour moi, il est important qu’un personnage ne soit pas monolithique car il en va ainsi de la plupart des gens dans la vie réelle : nous sommes tous à multiples facettes !

Bruno, tu dois dessiner beaucoup de nouveaux personnages dans cet épisode. As-tu fait beaucoup de recherches avant d’y arriver ?

Bruno Gazzotti : Oui, et je dois bien avouer, avec tous ces nouveaux personnages et ces nouveaux décors, que c’est la première fois que j’ai autant souffert avant d’attaquer un nouvel épisode ! En ce qui concerne la fille du Conseil des Sages, j’ai fait pas mal de croquis que j’ai montrés à Fabien, qui me les renvoyait avec ses commentaires. Elle a un nez grec et un grand front, ce qui lui donne un air assez solennel, qui correspond assez bien à son statut, je pense… Pour d’autres personnages, je me suis parfois inspiré de modèles. Pour Achille, avec ses cheveux noirs et ses yeux bridés, je suis parti de photos, envoyées par Fabien, de l’acteur français Gaspard Ulliel dans le film sur la jeunesse de Hannibal Lecter. Comme il avait des yeux très fins, j’ai accentué cela en lui faisant des yeux bridés et en transformant Achille en un personnage asiatique.

On arrive au coeur de cet épisode : les épreuves dans les arènes. Là encore, Fabien, il s’agit de renouveler le bon vieux cliché des jeux du cirque…

Fabien : Ce qui est très compliqué dans des séquences comme celles-là, c’est de les faire entrer dans le carcan de l’album classique de 46 pages : on se retrouve vite avec des micro-épreuves, trop courtes, sans suspense et sans envergure. Comment faire en sorte – avec le même talent par exemple qu’un Jean Van Hamme quand il écrit Les Archers pour Thorgal – de faire monter en puissance l’idée qu’il y a différentes équipes et que certaines équipes abandonnent en cours de route ? Cela signifie mettre en scène deux, trois, quatre épreuves et ça prend beaucoup de place ! Or ces épreuves ne doivent pas vampiriser mon récit. Dans la première version de mon scénario, Bruno m’avait fait remarquer que mes épreuves étaient décevantes : trop brèves et pas assez sadiques ! J’ai donc remis l’ouvrage sur le métier, j’ai beaucoup cherché, et je me suis aussi inspiré de jeux un peu idiots comme « Intervilles » à la télé. Car Seuls marie toujours les ambiances effrayantes et des aspects plus humoristiques. Et « Intervilles », cette émission où deux municipalités s’affrontent dans des joutes souvent rigolotes, m’a donné des idées : quand la foule crie « Le boulet ! Le boulet ! », c’est la même ambiance…C’est « du pain et des jeux », quoi !

Résultat : pour toi, Bruno, c’est un défi graphique énorme !

Bruno : Absolument ! J’ai le décor des arènes (que j’avais heureusement modélisé en 3D avant de m’attaquer aux planches proprement dites), la foule, les chevaux et les vélos… Fabien a réussi à mettre tous les pires trucs à dessiner dans une seule page ! Face à des défis pareils, j’essaie de rester le plus lisible possible dans la mise en scène, de bien travailler le mouvement avec mes lignes de vitesse sans surcharger mon dessin. Je me souviens que quand je travaillais sur la planche 17, j’ai dit à mon copain Alain Henriet, le dessinateur de Dent d’ours : « Là, je suis en train de dessiner des chevaux qui glissent sur des troncs d’arbres qui sont eux-mêmes placés sur des voitures ». Il n’a pas caché sa surprise : « Hein ? Bon, ben, bon amusement ! » Il me prenait pour un véritable cinglé…

En savoir plus : « SEULS » par Gazzotti et Vehlmann

COMMENTAIRES

  1. Quel boulot ! Waouw ! Bravo :-)

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