Interviews :

Frank Pé nous raconte son aventure avec Spirou

- 28/07/2016

Frank Pé est de retour depuis quelques semaines dans le Journal de Spirou avec « La Lumière de Bornéo », une aventure originale de Spirou réalisée avec la complicité de Zidrou.

Question inévitable : qu’est-ce qui t’a donné envie de te frotter à ce héros fondateur du journal, déjà si fréquenté par tant d’auteurs différents ?

Ce qui m’a donné envie, c’est ce côté fondateur justement, mais fondateur de mon propre parcours : Franquin est l’auteur qui m’a quasiment éveillé à la bande dessinée, avec une ouverture du coeur qui m’est restée jusqu’à maintenant, et qui n’a fait que s’amplifier au fil des ans. L’envie de faire un Spirou m’a toujours titillé, mais l’humilité s’impose tout de suite, ah ! Il m’a fallu atteindre presque mes soixante ans pour me dire : « Allez, peut-être que maintenant, je vais oser ! » Surtout qu’il ne s’agit plus de faire du Franquin, mais de faire du Spirou, tout simplement, à ma manière. Là, je me suis débloqué, je me suis dit : « On y va, quoi ! »

Le Spirou de Frank et Zidrou : Premier découpage de la planche 1Le Spirou de Frank et Zidrou : Version définitive de la planche 1Le Spirou de Frank et Zidrou : premier découpage de la planche 2Le Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiquesLe Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiques

Tu cites Franquin, mais il s’est passé beaucoup de choses dans cette série depuis sa reprise par Fournier en 1970… Est-ce que les différentes reprises du personnage t’ont aidé à te décomplexer face à la responsabilité de dessiner Spirou ?

En fait, ce que tu évoques m’est assez étranger parce que ce qui compte pour moi dans Spirou c’est mon rapport à Franquin. Je me suis posé immédiatement comme question préalable : « Ça veut dire quoi, dessiner une histoire de Spirou ? » Quand Franquin le faisait, il dessinait un héros positif grand public, ancré dans son temps. J’ai repris cette définition : qu’est-ce que ça veut dire pour moi, en 2016, d’animer un personnage positif crédible qui va parler à mes contemporains ? C’est comme ça que je ne risque pas de retomber sur des citations, de la nostalgie, ou d’être embourbé par ce que les autres ont fait. Non, je prends le problème à la racine, et c’est un magnifique exercice que de s’adresser au grand public ; ce n’est pas une mince affaire !

Tu commences ton récit par un prologue dans la nature sauvage. Est-ce une manière délibérée de poser ta griffe et de réaffirmer les préoccupations écologiques qui traversent toute ton oeuvre ?

Non, jamais je ne me dis : « Je vais faire du Frank » ! D’ailleurs, bien plus qu’un défenseur de la nature, je suis un amoureux des animaux. Et si ça ressort dans mon travail tout le temps, c’est parce que ça me travaille au plus profond de moi, ce n’est pas une image que je me suis imposée. Et si ça apparaît dans Spirou, c’est parce que le projet initial se voulait contemporain et grand public. Or il me semble que ce thème (ce que l’homme fait de la Terre) est un thème urgent et fondamental de notre époque, et je voulais le traiter assez frontalement. Le lecteur le découvrira au cours du récit : même si l’histoire commence dans la jungle africaine, c’est bien du rapport de l’homme à la nature qu’il est question dans cet album. J’ai vraiment envie de parler de thèmes importants. Je déteste le mot « divertissement », littéralement, ça signifie détourner les gens de l’essentiel ! Mon rôle, c’est l’inverse, c’est de les ramener par le plaisir et le coeur à l’essentiel.

On découvre ensuite la rédaction du MOUSTIQUE avec « tes » Spirou et Fantasio. As-tu fait beaucoup d’esquisses pour t’approprier ces personnages ?

Je me suis posé beaucoup de questions, par contre je n’ai pas fait des tonnes de recherches ; je ne suis pas un dessinateur compulsif ! Mais je cherche toujours quelque chose qui est juste ; à partir du moment où je l’ai trouvé, je me jette sur les pages, je fais alors le moins possible de recherches pour que la vie apparaisse sous mon crayon, que l’invention se déroule sur ma planche, et pas dans des croquis préliminaires. Je suis persuadé que le lecteur ressent ça. Moi je ressens ça avec une chanteuse de jazz comme Mélanie De Biasio : sur scène, elle improvise à chaque concert ! Elle se jette à l’eau, et c’est la vie qui surgit grâce à cette mise en danger… Je ressens exactement la même chose quand je me jette sur ma planche.

Le Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiquesLe Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiquesLe Spirou de Frank et Zidrou : recherches / découpageLe Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiquesLe Spirou de Frank et Zidrou : recherches graphiques

« La lumière de Bornéo », le Spirou de Frank Pé et Zidrou (Parution : 7 octobre 2016).

COMMENTAIRES

  1. Merci pour cet interview et images! J’adore les dessins de Frank!

  2. Merci beaucoup pour l’interview, amoureuse de la nature comme l’auteur, je suis bien contente de voir cette thématique pour le prochain Spirou. Les premières pages sont excellentes en tout cas. Merci. :)

  3. Bonne chance dans cette nouvelle aventure

  4. L’histoire est sympa mais je n’aime pas du tout les lunettes de vue de Spirou.
    Quelle drôle d’idée quand même !

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