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Feroumont : Spirou, ou la figure classique du héros

- 6/04/2016

Le Spirou de Benoit Feroumont

Cela fait déjà quelques années que Benoît Feroumont nous régale avec les aventures du Lien :
Royaume

Aujourd’hui, il quitte son Moyen-Âge de fantaisie pour se plonger dans le Bruxelles contemporain et y faire se balader un mythe de la BD : Spirou.

D’où est née ton envie de faire un Spirou ?

C’est une proposition qui est venue de Sergio Honorez, le directeur éditorial de la maison, qui m’a simplement dit : « Si tu en as envie, penses-y ! » C’est alors que j’ai commencé à y réfléchir, et j’ai d’abord travaillé avec les frères Malandrin (Cinéastes, réalisateurs de Je suis mort mais j’ai des amis, Ndlr) ; ils m’ont proposé une première version d’un scénario que je n’ai pas aimé, nous en avons discuté et nous avons abandonné notre collaboration en très bons termes. Néanmoins, ce scénario m’a permis de rebondir, car il m’a amené à la question fondamentale : qu’est-ce que c’est, un héros comme Spirou ? Et ma deuxième interrogation fut : comment se fait-il qu’il ne croise jamais des femmes ?

En ce qui concerne l’absence de femmes, on a une réponse : la bande dessinée belge, dans les années 1950, était surveillée de près par la censure française.

Oui, bien sûr ! D’ailleurs, je voyais bien Spirou comme une espèce de boy-scout des années 1950. Ce qui m’intéressait en m’emparant du personnage, c’était de le mettre dans notre époque, et pour ce faire, le placer face aux femmes d’aujourd’hui. Pas pour le déniaiser, pas pour ajouter une quelconque dimension érotique au mythe, mais pour le confronter à notre vie de tous les jours. Cette envie a été le déclic pour élaborer mon histoire.

Cette histoire, tu l’articules autour de deux thèmes : primo, sentimental (Fantasio est amoureux)  ; secundo, aventureux (un vol de bijoux)… Comment marier ces deux thèmes ?

J’avais besoin d’une trame d’aventure assez classique. Dans un coin de ma tête, il y avait ce cliché du vol d’un diamant et je me suis demandé : Quel pourrait être le pouvoir magique d’un diamant ? Adolescent, dans ma chambre, j’avais l’affiche du film « À la poursuite du diamant vert », de Robert Zemeckis, avec Michael Douglas et Kathleen Turner… Cette idée – très bateau, je te l’accorde – en a amené d’autres : celle d’une voleuse à moto… J’ai contextualisé tout ça, et mon scénario s’est construit petit à petit. Le flash-back inaugural est arrivé très tard dans mon processus d’écriture. En réalité, j’élabore mon scénario comme un script de cinéma ; je n’hésite pas à couper des séquences, j’essaie de privilégier ce qui peut amener de l’émotion ou de la surprise.

En plaçant ce flash-back dans Bruxelles sous l’Occupation, tu n’avais pas peur de marcher sur les plates-bandes du « Groom vert-de-gris » de Yann et Schwartz ?

Oui, c’était un vrai problème pour moi : comment éviter le déjà-vu ? Ce flash-back est nécessaire, mais il est très différent du reste de l’album, c’est délicat de commencer « mon » Spirou avec ça ! J’ai beaucoup cherché, j’ai tenté de le placer dans un autre conflit, mais le contexte de l’Occupation est immédiatement lisible pour tout le monde, avec les soldats allemands, les collabos, la spoliation des biens… Évidemment, j’ai un dessin humoristique qui ne cadre peut-être pas a priori avec ce contexte, mais je ne calcule pas, je dessine instinctivement, et j’espère que ma sincérité fait que cela fonctionne.

Le Spirou de Benoit Feroumont : croquis de BruxellesLe Spirou de Benoit Feroumont : croquis de SpirouLe Spirou de Benoit Feroumont : croquis de FantasioLe Spirou de Benoit Feroumont : croquis de Fantasio, Clothilde et sa mèreLe Spirou de Benoit Feroumont : crayonné de la planche 6

On quitte le flash-back pour arriver à Bruxelles aujourd’hui. Pourquoi le choix de Bruxelles ?

Ça, c’était un vrai désir ! Je vis à Bruxelles, j’aime beaucoup cette ville, et quand je me baladais dans les rues avec mon projet de Spirou en tête, ça m’enthousiasmait terriblement. La ville de Bruxelles est intéressante à dessiner, avec son architecture hétéroclite (la fameuse « bruxellisation » dont parlent les urbanistes) et c’est une vraie source d’inspiration pour moi. Quand je lisais le Spirou de Franquin, c’était tellement évident pour moi que sa maison se situait en banlieue de cette ville, ou dans le Brabant wallon !

Spirou et Fantasio rencontrent Suzanne Gallantine, la papesse de la mode… Ton modèle ? Anna Wintour de Vogue ? Ou sa caricature, Meryl Streep dans « Le diable s’habille en Prada » ?

Oui, bien sûr, Meryl Streep est ma source d’inspiration ! Quand elle jette sa veste sur sa pauvre secrétaire, jouée par l’Anglaise Emily Blunt… Un vrai monstre !

En savoir plus : Le Spirou de Feroumont, « Fantasio se marie », parution : 10 juin 2016.

COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    C’est pour moi le meilleur SPIROU depuis « Les marais du temps » par Franck Legall !!
    J’avoue avoir été un peu « perturbée » par le dessin au départ (pour moi, Féroumont c’est « LE ROYAUME ») ! Puis la surprise passée, je me suis délectée. Spirou est craquant, Sécotine formidable, Fantasio un peu plus idiot que d’habitude, le scénario passionnant. Bref, je me régale !
    Vivement le 10 juin !

  2. J’adore toutes les nouvelles aventures de SPIROU avec de nouveaux auteurs.
    Félicitations à tous, et à l’éditeur qui a lancé cette formule !