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Dent d’ours : Les douze travaux d’Alain Henriet

- 8/04/2013

Dent d'ours de Yann et HenrietPas facile de dessiner des avions. Pas facile de dessiner deux époques. Pas facile de dessiner deux garçons se ressemblant. Et pas facile de travailler avec Yann, scénariste très exigeant. Ce sont pourtant les défis relevés par Alain Henriet, qui a trouvé avec « Dent d’ours«  (parution : 3 mai 2013) une série à la mesure de son talent !

Comment es-tu arrivé dans l’aventure Dent d’ours ?

ALAIN HENRIET: Yann m’a un jour appelé en me demandant si je voulais reprendre… « Buck Danny » ! Il avait aimé mon travail sur « Damoclès« , et plus particulièrement l’aspect technique de mon encrage pour les véhicules, et le côté pinceau, très années cinquante, de mon travail sur les personnages. Moi je n’avais jamais lu de Buck Danny. Mais l’aventure me tentait ! Malheureusement le projet ne s’est pas fait. Yann m’a du coup proposé un récit se passant à la même époque. C’était « Dent d’ours« , qui m’a immédiatement séduit. Je suis allé voir Yann à Bruxelles. Il m’a accueilli dans un café, avec les premières pages du scénario et une pile incroyable de bouquins sur la Seconde Guerre mondiale ! Un peu inquiet à l’idée d’être dépassé par la tâche, je me suis mis au découpage. D’habitude je travaille vite. Mais pas là, puisque pour chaque case, il me fallait consulter des livres bourrés de Post-It d’annotations sur chaque uniforme ou avion utilisé !

Tu n’y connaissais rien en avions ?

ALAIN HENRIET : Au début, pas grand-chose ! Mais j’ai pu compter sur deux spécialistes : Michel, un Canadien travaillant dans l’aviation, rencontré à la Foire du livre de Québec, et Raymond, un ancien du Musée de l’armement à Bruxelles. Tous deux m’aident à trouver la documentation exacte, qui me permettra de dessiner les uniformes et accessoires précis exigés par Yann. En complément je me suis inscrit à un forum spécialisé traitant de la Seconde Guerre mondiale, où je peux poser des tas de questions. Mais même ainsi j’ai parfois eu bien des problèmes. Par exemple pour trouver une photo d’une simple caisse, utilisée par l’armée anglaise pour ranger des armes. J’avais même proposé, sur Facebook, de payer en dessins ceux qui m’aideraient à la trouver !

Dent d'ours : crayonné d'Alain Henriet

Les engins et bâtiments des années quarante étaient très esthétiques.

ALAIN HENRIET : En explorant la documentation de l’époque, on s’aperçoit à quel point les engins étaient beaux. Les objets également. Il y a une forme d’esthétisme dans beaucoup de choses de l’époque. Selon moi, les années trente à cinquante sont esthétiquement très belles. Je trouve d’ailleurs personnellement que le Corsair et le Liberator B-24 présents dans ce premier tome sont très jolis.

Faire bouger ces beaux avions dans des scènes de combat aérien a-t-il été compliqué ?

ALAIN HENRIET : Pas vraiment, il me suffisait de penser à Star Wars ! Ça fera peut-être hurler les puristes. Mais qu’ils se rassurent, Bruno Gazzotti, grand fan d’aviation, m’a expliqué comment faire tourner les avions, comment les incliner. Yann, grand spécialiste, m’a aussi beaucoup aidé.

Et dessiner deux époques, ça a été un problème ?

ALAIN HENRIET : Trouver de la documentation pour les années trente, donc pour l’enfance de Max, Werner et Hanna, n’a pas été simple. J’ai par exemple galéré pour la séquence où Max construit une fusée artisanale. Quel matériel avait-il bien pu utiliser ? J’ai beaucoup réfléchi. Et conclu qu’un enfant des années trente aurait sans doute « recyclé » du vieux matériel de 1914-1918. Le vrai problème a concerné la couleur. La moitié de l’histoire se déroulant en flash-backs, on ne pouvait utiliser, comme cela se fait d’habitude, du jaune sépia. L’album aurait eu l’air trop triste ! Yann et moi en avons beaucoup parlé avec la coloriste Usagi. Et nous avons décidé de garder une même grille de couleurs pour tout l’album, mais en veillant à ce que les textes précisent toujours bien dans quelle époque on se trouve. Autre difficulté : faire en sorte que Max et Werner se ressemblent, mais sans qu’on les confonde. Là encore la couleur nous a bien aidés. Le lecteur attentif remarquera que le dominant, dans le duo Max-Werner, est toujours en couleurs légèrement plus soutenues… Usagi a fait un magnifique travail.

Grâce à cet album, tu es devenu un spécialiste de la Seconde Guerre mondiale ?

ALAIN HENRIET : Je l’ignore. Il me reste sans doute beaucoup de choses à découvrir. Ce qui est sûr, c’est que j’aime cette période. Car sans elle mon grand-père maternel, soldat belge, ne serait pas allé dans le Sud de la France, et n’aurait pas rencontré ma grand-mère. Ce jour-là, en manoeuvres avec son régiment, grand-père avait eu un problème de chaussure. Il était donc allé voir un cordonnier… et avait rencontré sa fille. Comme quoi il n’y a pas que dans « Dent d’ours » que l’amour se mêle à la guerre ! DP

Découvrez les premières planches du tome 1 de « Dent d’ours »

COMMENTAIRES

  1. […] scénarisé par Yann et dessiné par le très talentueux Alain Henriet (dont on peut lire une interview sur le site des éditions Dupuis: celle-ci permet de mieux comprendre comment il a travaillé pour […]

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