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Dent d’ours : le nouvel envol de Yann et Henriet

- 29/03/2013

Dent d'ours de Yann et HenrietAprès « Pin-Up » et « Le Grand Duc », « Dent d’ours » (parution : 3 mai 2013) est la nouvelle histoire d’aviation de Yann. Ou plutôt les nouvelles histoires d’aviation de Yann. Car le scénariste de « Gringos locos » a cette fois choisi de suivre, en compagnie d’Alain Henriet, les pas de trois enfants : Max, Werner et Hanna. Trois enfants passionnés de vol en planeur que la Seconde Guerre mondiale va séparer, envoyant les uns dans l’armée américaine, les autres dans les troupes allemandes… Attention au(x) décollage(s) !

D’où vient ta passion pour l’aviation ?

YANN : Quand j’étais petit j’avais peu de BD, mais tous les Buck Danny. À force de les lire et de les relire, mes deux frères et moi sommes devenus fous d’aviation. Nous étions passionnés de construction de maquettes. J’ai ainsi réalisé plus de deux cents modèles réduits d’avions ! Mais pas n’importe comment, car j’étais abonné au Fana de l’aviation. Une revue pleine de photos noir et blanc sur lesquelles je m’abimais les yeux. Mon but : trouver la bonne cocarde, le beau dessin sur le fuselage, que je pourrais reproduire sur mes maquettes de Messerschmitt, de Corsair, de Spitfire… Devenu grand, je n’ai hélas plus le temps de réaliser des modèles réduits. Enfin… si on fait exception de mes deux enfants, naturellement !

Max, Werner et Hanna, les héros de Dent d’ours, vont être séparés par l’aviation…

YANN : Ces trois enfants, passionnés d’aviation, se sont promis de voler ensemble et de toujours rester unis. Malheureusement ils vivent en Silésie, au début des années trente. Une région autrefois indépendante, avant d’être annexée par la Pologne, puis par l’Allemagne nazie. Max, le seul Juif du trio, va donc vite avoir des ennuis. Par exemple lorsque les autorités lui interdiront de voler en planeur, brisant ainsi tous ses rêves aériens. Werner et Hanna, eux, pour continuer à voler, accepteront de « planer » sur des engins ornés de svastikas, sans trop y accorder d’importance. La Silésie, en plus d’avoir un passé historique fort, se prêtait bien à une histoire d’aviation. La ville de Göttingen, grâce à ses falaises et ses forts courants porteurs, fut par exemple un haut lieu du vol en planeur, et vit souvent passer des Fafnir, ou encore des Minimoa…

Tes héros ont-ils eux aussi une réalité historique ?

YANN : Plus ou moins. Pour Max, je ne suis pas inspiré d’un personnage historique précis. Mais il représente tous ces pilotes polonais qui, pour fuir les persécutions nazies, étaient partis en Angleterre ou en Amérique afin de s’engager dans l’armée de l’air. Max se retrouvera ainsi aux commandes d’un Corsair plutôt que d’un Messerschmitt ! Dent d’ours racontera toutefois comment sa nationalité polonaise lui vaudra bien des ennuis auprès de ses collègues américains. Et ce en dépit de son porte-bonheur : une mystérieuse dent d’ours, en lien avec son enfance…

Dent d’ours raconte à la fois l’enfance et l’âge adulte de tes personnages. Pourquoi ce choix ?

YANN : Je parle de l’enfance dans tous mes albums, même si ce thème n’est pas toujours visible. Selon moi les forces et les faiblesses de chaque adulte sont un héritage direct des bonheurs et des traumatismes vécus pendant son enfance. « Dis-moi quelle enfance tu as eue, je comprendrai qui tu es. » C’est un concept que j’applique à mes personnages de papier et parfois même à mes amis, que j’aime découvrir en leur demandant de me parler de leur enfance.

Quel genre d’enfance t’a poussé, toi, à devenir scénariste ?

YANN : Disons que j’ai connu quelques petits traumatismes qui m’ont poussé vers le rêve, l’onirisme. J’ai découvert le plaisir de vivre par procuration à travers la lecture de biographies. Je me rappelle par exemple un livre sur l’écrivain Rudyard Kipling, et sur son enfance en Inde. J’avais été fasciné par son quotidien au milieu des petits Hindous et des fakirs, dans des régions à l’époque inexplorées. Mais on peut aussi raconter des histoires en ayant vécu, comme moi, une enfance dans un endroit moins exotique. L’important c’est de réussir à faire une fiction de ses expériences, quelles qu’elles soient. Car je suis convaincu qu’on peut faire une montagne d’un caillou. À condition d’accoucher au moins d’une souris, comme disait l’immense Macherot, le père de Sibylline !

Quelle est ta méthode pour bien construire un scénario ?

YANN : Quand j’écris, je voyage dans le temps. Pour écrire Dent d’ours je me suis donc totalement immergé dans les années quarante. J’ai voulu tout savoir : comment les gens s’habillaient, ce qu’ils lisaient, mangeaient, de quoi ils riaient ou s’indignaient. J’ai également veillé à faire parler Max ou Hanna avec des expressions de leur époque, et pas celles d’aujourd’hui. Pour réaliser ce gros travail, je me suis plongé dans ma bibliothèque, picorant un peu partout dans les centaines de bouquins consacrés à la Seconde Guerre mondiale que je possède. DP

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